L’éthylotest antidémarrage (EAD), aussi appelé alcolock est un dispositif implémenté dans un véhicule pour empêcher son démarrage si le test d’haleine est supérieur à 0,08 mg AAE (0,2 ‰). Ce taux très faible revient à ne pas boire du tout. L’appareil se présente sous la forme d’un petit boîtier fixé dans la boîte à gants ou placé sur le tableau de bord et qui est relié au démarreur du véhicule. Grâce à sa boîte noire, il enregistre tous les événements liés au démarrage du véhicule (tentatives, taux d’alcool dans l’haleine, jour et heure). Cette mesure globale permet d’éviter de perdre son permis, notamment après une déchéance du droit de conduire, et de poursuivre sa vie professionnelle et sociale. En cas de non respect des conditions, des sanctions peuvent être prises notamment la comparution devant le tribunal.

Contraintes au quotidien

Bon nombre de personnes sous-estiment les contraintes. Il ne s’agit pas seulement de souffler dans le ballon avant de prendre le volant. Il y a toute la partie liée à l’installation du boîtier. Ensuite, il faut modifier son permis de conduire pour obtenir un code 112. Cela n’évite pas la personne de rouler avec un véhicule non équipé mais cela permet d’avertir les forces de l’ordre en cas de contrôle. Enfin, il y a un programme d’accompagnement qui est imposé et nécessaire. Tout ça nécessite de la motivation et des sous.

Au niveau de l’éthylotest, il faut bien évidemment souffler avant chaque usage pour avoir le feu vert. Souffler dans un boîtier dans son garage ne pose pas trop de dérangement mais ça l’est moins dans un lieu public ou devant des collègues de travail. Ensuite, il faut se préparer à ce que le véhicule ne démarre pas… même avec un seul verre dans le nez. La personne devra peut-être se résigner à se rendre au travail en voiture, à reporter un rendez-vous important, ou peut-être retarder le départ de ses vacances. Et ce n’est pas fini, même sous tension, l’appareil sollicite la personne pour vérifier son taux. Cette vérification se fait à intervalles aléatoires. Cela évite par exemple de faire appel à un tiers pour souffler dans l’éthylotest. Aussi, il devient difficile de laisser son véhicule à une autre personne. Au car-wash, la personne est obligée de rester à proximité pour éventuellement faire démarrer la voiture. Quand la voiture doit passer au garage, l’intéressé doit préalablement demander un code d’activation pour le transmettre au concessionnaire.

Un programme d’accompagnement est indispensable. Le candidat apprend à adapter son comportement pour dissocier consommation d’alcool et conduite d’un véhicule à moteur. L’organisme fournit toutes les informations sur le déroulement complet du programme, le coût, les sanctions en cas de non-respect des conditions, ainsi que des renseignements sur la formation qui durera tout le long du processus. Lors de la première année, l’intéressé doit se rendre tous les deux mois au centre Vias (ou un autre organisme agréé) pour faire le point. Une accompagnatrice analyse également les informations reprises dans la boîte noire. Après un an, le rendez-vous a lieu tous les 6 mois. Entre le 4e et le 8e mois après l’installation de l’appareil, le conducteur doit encore suivre une formation de 3 heures.

La situation avant juillet 2018

En 2015, seulement 16 alcolocks ont été installés selon les chiffres de Vias. Ce faible nombre s’explique en partie par l’aspect facultatif. Contrairement aux Pays-bas où il est imposé automatiquement à partir d’un certain taux d’alcoolémie, la Belgique ne l’impose pas même pour des multi-récidivistes. En effet, pour être efficace, le justiciable doit se sentir impliqué et avoir l’envie de changer ses habitudes. Le dispositif (appareil, installation, téléchargement périodique des données) revient à environ 2.500 € par an. À cela il faut ajouter les coûts liés à l’encadrement: environ 1.200 € par année (source Vias). Le montant peut-être – totalement ou partiellement — déduit de l’amende qui peut s’élever à plusieurs milliers d’euros.

Le juge peut le proposer pour une période de 1 à 5 ans ou définitivement, dans trois cas:

  1. conduite en état d’ivresse
  2. imprégnation alcoolique égale ou supérieure à 0,35 mg AAE
  3. en cas de récidive pour une de ces 2 condamnations dans les 3 ans

La situation à partir de juillet 2018

Le ministre Bellot veut imposer l’éthylotest antidémarrage pour les multirécidivistes (au moins condamné deux fois dans les trois ans avec un taux d’au moins 1,2 ‰) et ceux dont l’imprégnation alcoolique est élevée (au moins 1,8 ‰, ce qui correspond à l’ingestion d’environ 10 bières en 2 heures). Il veut ainsi agir au niveau de la sécurité routière. À un tel niveau d’imprégnation, le risque d’avoir un accident est 200 fois plus élevé. Raison pour laquelle, une déchéance d’au moins 3 moins sera prononcée et l’obligation de passer les 4 examens de réintégration.

Pour les cas plus sévères de dépendance à l’alcool, l’EAD n’est pas efficace. Ces personnes doivent avant tout suivre un traitement et ne plus conduire. Le juge peut prononcer une inaptitude de conduite temporaire voire définitive.