Je reviens tout juste de deux semaines de vacances au Maroc. Avant de partir, on m’avait prévenu que ce serait rock ‘n’ roll sur les routes. Et c’est peu dire ! La sécurité routière est un véritable désastre. On peut d’ailleurs lire sur Wikipédia ce constat glaçant : « Les routes marocaines sont considérées parmi les plus meurtrières du monde. Le taux d’accident y est 10 fois plus élevé que sur les routes américaines et 14 fois plus élevé que sur les routes françaises. »

Pour vous donner un petit aperçu de mon voyage, j’ai visité: Tanger, Tétouan, Martil, Fes, El Jadida et Marrakech. Je ne parle ici que de mon expérience de touriste sur les routes marocaines.

Circulation sur la chaussée

C’est sans doute ce qui m’a l plus marqué ! Au centre de Marrakech, c’est vraiment un grand foutoir sur les routes. Sur la chaussée, les voitures côtoient les calèches, les mobylettes, les charrettes à bras, les poussettes pour enfants… Tout ce petit monde circule comme bon lui semble dans un désordre plus ou moins fluide. Pour un européen c’est une sensation un peu étrange. On est à la fois libéré de toute contrainte et à la fois attentif à toutes les sources de danger potentiel.

Le passage pour piétons ne sert à rien !

J’ai longuement observé le comportement des automobilistes à ces endroits censés les sécuriser. Il faut d’abord reconnaître que les piétons eux-mêmes sont très dissipés et traversent à tout va, peu importe la présence du marquage ou même du feu. Ensuite, je n’ai pas vu de différence de comportement des automobilistes à l’approche d’un passage pour piétons. On a l’impression que la voiture est reine. Les conducteurs ignorent tout simplement les piétons: pas de ralentissement, pas d’arrêt… Je n’irai pas jusqu’à dire qu’ils les écrasent mais on sent bien la pression des automobilistes. Bien entendu, il existe des exceptions et il arrive que certains s’arrêtent pour laisser la place aux usagers faibles mais c’est dans des circonstances précises ou au bon vouloir des conducteurs.

Passage piétons au Maroc
passage pour piétons

En attente à un feu rouge pour piétons, je me suis engagé au vert. Les véhicules arrêtés au feu rouge, je ne craignais pas grand-chose. C’est sans compter sur les usagers venant de la voie transversale et qui tournent dans ma direction. Ainsi, je me suis fait houspillé à plusieurs reprises. Mieux vaut les laisser passer ou se presser.

Le charroi automobile très varié

En tant que Belge, de surcroît Bruxellois, je dois bien dire que j’ai été dépaysé à voir des calèches tirées par des baudets, un nombre incroyable de moto à trois roues de type utilitaire (Docker) ainsi que des charrettes à bras. Dans sa globalité, le parc automobile est assez vieux. J’ai été très amusé de trouver des Golf 1, des Renault 4, des anciens modèles Mercedes 190 dont on ne comprend pas trop bien comment elles tiennent encore le coup.

Calèche, âne, Maroc
calèche tirée par un âne
Charrettes à bras, Maroc
charrette à bras sur la chaussée
Taxis, Tanger
série de vieux taxis à Tanger

Et comme toujours, dans ce pays de contraste, on croise de temps à autre des grosses berlines, des voitures sportives de haut niveau ou des SUV impressionnants.

La mobylette, moyen de locomotion par excellence

Le cyclomoteur, comme on l’appelle chez nous, est couramment utilisé au Maroc. Il n’est pas réservé aux adolescents mais à tout le monde. On trouve des jeunes adultes, des hommes, des femmes, des vieux et même des femmes d’un certain âge en habit traditionnel. Le pire est de croiser 3, 4 personnes sur une même mobylette avec un bébé dans les bras ou un enfant placé devant. Et cela ne gêne personne, pas même les agents de police en fonction.

Autre remarque, le casque est vraiment une option. Et quand je dis casque c’est plutôt à un couvre-chef en plastique dur. Rien à voir avec nos casques. Pas sûr qu’en cas de choc, ça protège de quoi que ce soit. D’après les autochtones, il parait que certains se font arrêtés pour cette infraction. Aussi, je n’ai pas vu un seul équipement. Tout ce petite monde roule en tenue très décontractée: t-shirt, short ou pantalon, et tongs. Idem pour les conducteurs des grosses cylindrées. Je n’ose imaginer le carnage en cas d’accident.

La ceinture de sécurité, une option

Alors que chez nous la ceinture de sécurité est devenu une évidence, c’est franchement pas une priorité au Maroc. Et c’est surtout vrai à l’arrière. Personne ne s’attache, pas même les enfants ! Je suis même monté dans des véhicules où les ceintures étaient calées derrière les sièges arrières pour ne pas qu’elles dérangent les passagers.

Se tenir le plus à droite

Au niveau de la place des conducteurs, tout le monde roule un peu comme il veut. On ne se soucie pas trop de tenir sa droite. Dans un rond-point, il est courant de couper les bandes de circulation. On dirait que la bande extérieure du rond-point sert justement à ça.

L’autoroute, lieu de tous les interdits

Depuis quelques années, des grandes portions d’autoroute sont nées. Comme en France, elles sont payantes. Elles sont particulièrement bien entretenues. Rien à redire là-dessus. En revanche, j’ai pu observer à de nombreuses reprises des véhicules rangés dans des renfoncements sur la gauche. J’ai un peu de mal à comprendre comment ils arrivent à s’intercaler sans gêner la circulation. Je ne sais pas non plus ce qu’ils y font.

Péage sur les autoroutes marocaines
péage sur les autoroutes marocaines

À part ça, j’ai vu des conducteurs faire demi-tour peu après le péage. C’est assez saisissant. À d’autres endroits, j’ai vu à deux reprises un camion chargé à bloc tenté de doubler un autre poids lourds à moins de 60 km/h sur une voie rapide à deux bandes de circulation. Il faut dire que le dénivelé n’aide pas toujours les gros tonnages à faire des dépassements rapides.

Transport de personnes, transport de choses

Pour se déplacer, il existe toute une panoplie de possibilités: le taxi, éventuellement les lignes régulières de bus, la mobylette… J’ai aussi vu des déplacements totalement insolites comme des gamins accrochés à l’arrière d’un camion citerne, des paysans couchés sur des ballots de paille à plus de 4 mètre de haut, des enfants rentrés de l’école assis dans une remorque, des ouvriers de la voirie se déplacer debout à l’arrière d’un pick-up… Bref, tout ce qui est impensable chez nous est pratiqué et toléré au Maroc.

Chargement en ballot de paille, Maroc
chargement en ballot de paille

Les feux tricolores

Concernant les feux, c’est un peu compliqué. Il faut dire que l’aménagement routier n’est pas toujours complet. Il n’est pas si rare de rencontrer des feux qui ne fonctionnent pas. À certains endroits, ils sont actifs que dans un seul sens de circulation. Heureusement, j’avais un guide natif de la région pour qui ce genre de désagrément est une routine à laquelle les autochtones ne prêtent pas beaucoup d’importance. C’est ainsi et il faut faire avec.

En phase verte, certains feux clignotent quelques fois avant de passer à la phase orange puis rouge.

Le feux bicolore pour piétons

Les feux pour piétons, quand ils existent, sont surprenants. On en trouve avec un compte à rebours. La silhouette rouge à partir de 3 secondes clignote. Ensuite, elle passe au vert pour une durée plus ou moins longue. La silhouette verte est un piéton en marche active. À Tanger, le feu lumineux est même dynamique et accélère à la fin du temps. Cela s’explique notamment parce que les feux sont synchronisés entre eux et il n’y a pas de délais d’attente entre eux. Ainsi, un piéton qui s’engage à la phase verte peut gêner les véhicules s’il n’a pas anticiper son temps de passage.

Le stationnement payant

Dans certaines villes comme Tanger, on trouve des horodateurs et des zones payantes. Dans d’autres régions, comme Marrakech, ils ont également été implantés mais les autorités ont dû rapidement les condamner en raison d’un mécontentement des usagers.

Horodateur à Marrakech
horodateur condamné, Marrakech

Il est vrai que la coutume est plutôt de faire appel à des gardiens de parking. Chaque petit secteur est sous la vigilance d’un agent, reconnaissable à son gilet fluo. Il se charge de vous trouver un emplacement, vous aide à stationner dans le cadre d’un créneau. Pour le stationnement de longue durée, il peut aussi assurer (tout est relatif!) que le véhicule ne sera pas vandalisé ou volé. Il peut même rendre des services comme celui d’aller faire une course rapide. En échange, ils reçoivent quelques dirhams de pourboire.

Gardien de parking
gardien de parking, El Jadida

La police ne fait pas grand chose

Des policiers, j’en ai croisé. À chaque entrée de ville, on retrouve un barrage avec un poste de garde. De temps à autre, on trouve des policiers aux intersections. Ils sont là, sans intervenir. On ne sait pas trop bien à quoi ils servent. Comme le disait un habitant: « s’ils doivent commencer à interpeller tous ceux qui sont en infraction, ils doivent arrêter la plupart des conducteurs. » Mais je dois être honnête en disant qu’il y a aussi des interpellations suite à des infractions, des agents qui font la circulation. J’ai remarqué d’ailleurs que la détection à la jumelle (cinémomètre) était très appréciée.

Vitesse modérée en ville

Dans les agglomérations, la vitesse est limitée à 60 km/h¹. C’est rare qu’on atteigne cette limite car les villes sont très saturées. Vu la multitude des dangers potentiels, j’ai pu observer une conduite plutôt souple et prudente. Ça ne roule jamais très vite et les déplacements se font avec la plus grande vigilance. Idem dans le cas des priorités aux carrefours non protégés. D’après mon guide, les gens ne connaissent pas vraiment les règles. Souvent, la priorité est donné aux grands axes quand il n’y a aucun panneau STOP.


¹ Pour rappel, en 1992 la Belgique opte pour le 50 km/h en agglo alors que la limitation était de 60 km/h depuis 1968.