En Belgique, le conducteur fantôme est celui qui roule à contre-sens. En France ou en Suisse, on parle simplement de « prises à contresens ». Contrairement aux idées reçus, ces conducteurs ne sont pas limités aux autoroutes. Un nombre conséquent de ces accidents intervient en agglomération. On ne connait pas très bien l’origine de cette expression. On imagine qu’elle vient de la soudaine apparition du véhicule en sens inverse et de sa disparition aussi rapide. Inutile de préciser qu’un impact frontal sur une route à grande vitesse laisse peu de chance aux occupants. En Belgique, en 2014, 589 accidents corporels ont impliqués un conducteur fantôme (source: DH 09/12/15). D’après les chiffres de Vias, on recense chaque année une quinzaine de morts sur autoroutes impliquant ce type de danger.

Qui sont ces conducteurs fantômes ?

A priori, on pourrait penser à des suicidaires. Leur objectif est de percuter à pleine vitesse un autre véhicule, souvent un camion, pour mettre fin à leur vie. Ils sont heureusement très rares. Pour les autres, on distingue deux catégories: les conducteurs fantômes suite à une erreur involontaire et ceux qui commettent une infraction intentionnelle. Les premiers empruntent une brettelle de sortie d’autoroute en pensant être sur une rampe de lancement. Ce sont souvent des conducteurs plus âgés. Plus de 20 % des accidents mortels sont des personnes d’au moins 65 ans. Ces accidents surviennent surtout la nuit et plutôt le week-end. D’autres sont sous influence d’alcool ou de drogues. On les repère assez facilement car ils circulent du côté droit dans leur sens. Ils ne prennent pas conscience du danger et sont les premiers à dramatiser après interpellation. Les seconds conduisent volontairement à contresens. Les uns font demi-tour sur autoroute après avoir loupé la sortie, d’autres se lancent un défit pour épater la galerie, ou prennent la fuite afin d’échapper aux forces de l’ordre.

Voici ce que révèle une étude hollandaise (source: Via Secura n°89, pp. 16-17):

  • Les accidents provoqués par des conducteurs fantômes ne représentent qu’une infime partie du nombre total d’accidents corporels sur autoroute.
  • Ils sont beaucoup plus graves que les autres accidents corporels sur autoroute.
  • Les conducteurs âgés et les jeunes conducteurs inexpérimentés constituent un groupe à risque.
  • La consommation d’alcool joue un rôle essentiel dans ce type d’accident.
  • La plupart des conducteurs fantômes sous influence (alcool et/ou drogues) sont des jeunes.
  • Les deux principales erreurs: rouler à contresens après un demi-tour (plus souvent chez les jeunes) et choisir la bretelle de sortie au lieu de la bretelle d’accès (plus souvent chez les seniors).

Comment réagir face à un conducteur fantôme ?

Les alertes radiophoniques préviennent ce type de comportement et permettent aux conducteurs circulant dans le bon sens d’anticiper, de réduire leur vitesse, de se positionner à droite puisque le conducteur fantôme se positionne à droite dans son sens de la marche. Au besoin, empruntez la bande d’arrêt d’urgence. Cela permettra entre autre de prévenir la police via une borne située tous les deux kilomètres sur autoroute. Et si vous croisez ce type de conducteur, faites un appel de phare ou un coup de klaxon. N’en faites pas trop non plus pour ne pas l’effrayer. Il s’agit juste de lui faire prendre conscience de son erreur.

Comment réagir si on se trouve à contre-sens ?

La première chose à faire consiste à réduire sa vitesse pour réduire un choc frontal éventuel. Ne surtout pas se précipiter pour gagner la prochaine bretelle d’accès. Allumer ses feux de détresse et ses feux de croisement de manière à être visible sur une plus longue distance. Portez-vous le plus à droite possible pour permettre aux conducteurs venant en face de vous éviter. Si aucun véhicule n’arrive en face, rejoignez la bande d’arrêt d’urgence. En cas de panique ou de difficulté, prévenez les services de police pour vous remettre dans le sens de la marche.

Prévention routière

Afin de prévenir rapidement ce genre de distraction, le gestionnaire de voirie a pris la peine d’implanter de grands panneaux routiers réfléchissants d’avertissement avec une grande main et un “STOP”. On les retrouve sur les sorties d’autoroutes, en agglomération ou à la sortie des tunnels.

stop sur autoroute

stop en agglomération

Des réflexions sont menées pour mieux prévenir les usagers via les panneaux à messages variables, les messages de radiodiffusion ou encore les systèmes embarqués tels les GPS ou le Coyote. Le modèle communautaire est une source de renseignements très précieuse afin de renseigner les centres d’information autoroutiers (Mobiris, Perex) et par ricochet, les autres automobilistes.

Quand la prévention ne suffit pas

Si malgré tout, une telle situation se présente, la police doit alors agir rapidement pour limiter la casse. Elle intervient de deux façons. Soit elle suit l’automobiliste en parallèle mais dans le bon sens de circulation pour tenter de faire stopper le véhicule. Soit elle organise un « bloc », c’est-à-dire un barrage routier composé des véhicules de la police et des véhicules de civils si nécessaire qui feront tampon. Dans ce deuxième cas, toutes les personnes quittent bien évidemment leur voiture et sont mises dans un lieu sûr. À l’approche du barrage largement signalé par les gyrophares, le conducteur fantôme réagit à temps et pille sur le frein ou… fonce dans le tas.

Sanctions

Rouler à contresens sur une autoroute est une infraction du 4e degré. Le risque de décès est 7 fois plus élevé face à un tel obstacle qu’un autre accident ‘ordinaire’ sur autoroute. Raison pour laquelle, une telle infraction est sévèrement sanctionnée. Aucune perception immédiate mais une citation à comparaître devant le tribunal de police. Un retrait éventuel du permis de conduire, une amende de 240 à 3.000 €, et une déchéance obligatoire du droit de conduire de 8 jours à 5 ans.

Histoires vraies

Le dimanche 3 juillet 2016 au soir, un homme de 75 ans roule à pleine vitesse en contre-sens sur l’autoroute E42 à Saint-Georges près de Liège. Il roule ainsi près de 7 minutes à plus de 120 km/h en tenant sa droite. Averti par les automobilistes, la police bloque rapidement la circulation en amont sur l’autoroute. Elle met en place son bouchon. Malheureusement, le senior n’arrive pas jusque là et percute violemment une Citroën C4 Cactus présente sur la troisième bande. Le retraité décède sur le champ emportant avec lui deux jeunes Namurois de 26 et 37 ans. Cette histoire atroce relance le débat sur la nécessité de refaire passer un test d’aptitudes aux personnes d’un certain âge.

Dans la nuit du lundi à mardi qui a suivi le drame de Saint-Georges, un autre conducteur fantôme circule lui sur la E40. Très vite, un véhicule de la police circule dans le bon sens, proche de la berme centrale, sirène et gyrophare allumé. Un agent lui fait des signes pour l’obliger à s’arrêter. Celui-ci obtempère. Entre temps, la circulation est arrêtée pour permettre au conducteur de faire demi-tour et se remettre dans le droit chemin. Il est escorté à la station service la plus proche pour procéder aux vérifications utiles. Contrôlé positif à l’alcool, il écope d’un retrait de retrait de permis de minimum 15 jours et sera cité à comparaître devant le tribunal.