Depuis le 1er octobre 2020, en cas d’embouteillage, les automobilistes doivent former une voie de secours pour laisser passer les véhicules prioritaires en mission urgente. Ce système est déjà pratiqué au Grand-Duché de Luxembourg, en Allemagne, en Autriche et en Tchéquie. Chez nous aussi, les véhicules prioritaires en mission urgente remontaient les files entre les deux bandes de gauche. Si en pratique ça se faisait régulièrement, il n’y avait aucune trace écrite dans le règlement. Il a fallut attendre un accrochage entre un camion de pompiers et un automobiliste pour officialiser la chose. Une nouvelle définition fait désormais son apparition à l’article 2.70.

Dans une file, l’espace libre entre deux bandes de circulation qui peut être utilisé par les véhicules prioritaires visés à l’article 37 lorsque la nature de leur mission le justifie. — { CdR, art. 2.70 }

La procédure du « couloir de secours » est détaillé à l’article 9.8.

En cas de formation de file, les conducteurs forment un couloir de secours:
lorsque la voie publique comprend une chaussée composée de deux bandes de circulation, les conducteurs qui circulent sur la bande de gauche serrent à gauche et les conducteurs qui circulent sur la bande de droite serrent à droite de manière à créer entre eux un couloir de secours;
lorsque la voie publique comprend une chaussée composée de plus de deux bandes de circulation, les conducteurs qui circulent sur la bande de gauche serrent à gauche et ceux qui circulent sur les autres bandes serrent à droite, de manière à créer un couloir de secours à côté de la bande de gauche. — { CdR, art. 9.8 }

❖ Mission urgente

On précise bien dans la définition que la règle s’applique uniquement aux véhicules prioritaires (cf. art. 37). Une nouvelle section apparaît avec les différents véhicules concernés comme ceux de la police locale ou fédérale, d’une ambulance (service 112), d’un véhicule des pompiers, la Protection civile, des chemins de fer, Infrabel, etc. Autre chose, on précise “lorsque la mission le justifie”. C’est donc tout à fait différent de la “mission urgente”. Ces véhicules ne doivent donc pas avoir nécessairement les feux bleus allumés et la sirène en fonctionnement.

❖ Le couloir à gauche au lieu de la bande d’urgence

Cette mesure évite aux véhicules prioritaires de remonter par la bande d’arrêt d’urgence. Cette dernière peut être légitimement occupée par des véhicules en panne ou accidentés. Elle est aussi parfois obstruée par des véhicules qui souhaitent prendre la prochaine sortie déjà fortement encombrée. C’est aussi un endroit où on peut retrouver des débris chassés des autres voies de circulations ou des branchages. À noter aussi qu’elle est parfois transformée en bande de circulation supplémentaire ou en bande pour les heures de pointe… Et si ce n’était pas suffisant, elle est empruntée par des dépanneuses ou les véhicules requis par le ministère public ou la police en cas d’accident.

À noter que le non respect de cette nouvelle règle générale est passible d’une perception immédiate de 58 euros. L’obstruction d’un véhicule prioritaire avec feux bleus et sirène allumés est plus sévèrement punie: 174 euros.

❖ Sur autoroute et sur les chaussées à 2 bandes ou +

La règle ne vaut pas uniquement sur les autoroutes. Elle est d’application dès qu’une chaussée comporte au minimum 2 bandes de circulation. Ce n’est pas écrit mais on suppose que ces deux bandes vont dans le même sens. Et il ne faut pas attendre la présence des véhicules concernés pour s’écarter mais il faut le faire en permanence. Un réflexe qui va probablement prendre du temps. Lorsque les véhicules sont immobilisés ou roulent à très faible allure, il est difficile de manœuvrer pour se décaler.  L’idée c’est d’avoir un couloir libre en permanence en cas de bouchon et permettre aux véhicules prioritaires de se déplacer rapidement.

couloir de secours sur autoroute
couloir de secours sur autoroute

❖ Serrer d’un côté en rognant la ligne continue ?

Sur autoroute, la largueur des bandes de circulation est suffisante pour permettre à un camion de passer. Je doute que sur une route ordinaire à deux bandes, ça soit aussi simple. Le Code du gestionnaire prévoit une largueur minimale de 2,75 mètres. En sachant qu’une voiture citadine mesure environ 1,70 et 1,95 m pour les berlines, il ne reste plus beaucoup d’espace à libérer. En fonction des endroits, il va falloir faire des choix. Il est en principe interdit de circuler sur une ligne continue, une piste cyclable (marquée), un site spécial franchissable… mais je doute qu’on puisse reprocher ce comportement pour autant qu’il ne mette pas en danger la sécurité des usagers de ces lieux.

❖ Les motos peuvent suivre

Le Code de la route belge prévoit déjà la remontée des motos lors des embouteillages, lorsque la vitesse ne dépasse pas les 50 km/h et que la différence de vitesse n’excède pas 20 km/h.  Par courtoisie, les automobilistes créent spontanément un couloir pour leur laisser la place. C’est donc une règle spécifique qui prévaut sur une règle générale de circulation (lex specialis derogat generali). Ils ne sont donc pas tenus d’assurer un corridor de secours dans ce cas particulier. Ils sont néanmoins soumis à l’obligation de céder le passage aux véhicules prioritaires lorsque la mission le justifie. Ils peuvent suivre les véhicules en mission pour autant que les règles soient respectées. Pas question de remonter à 90 km/h par exemple.