La presse relaye une vidéo où on voit un tram klaxonner nerveusement derrière un cycliste. Ce n’est pas la première fois qu’on en parle et j’ai moi même assisté plusieurs fois à ce genre de scène. À voir ces chauffeurs de trams aussi confiants dans leur droit, je me dis qu’ils sont certainement formés dans ce sens. D’ailleurs, la porte-parole de la STIB ne manque pas de répéter que le tram a toujours la priorité (lire mon article). Elle complète ses propos en disant que “les cyclistes doivent le laisser passer dès qu’ils le peuvent”.

Il y a du vrai dans ce qui est dit. Par exemple, l’article 12.1 stipule que les usagers doivent céder le passage aux véhicules sur rails en s’écartant dès que possible. À vrai dire, je n’ai jamais réellement compris la portée de cet article. Imaginons quelques voitures roulant à une vitesse réduite et que le tram arrive soudainement par derrière. Ces véhicules devraient s’écarter — au prochain carrefour par exemple — pour le laisser passer ? À ma connaissance, je n’ai jamais connu un pareil scénario et je n’imagine pas un wattman klaxonner pour qu’on le laisse passer. Il ne faudrait pas le confondre avec un véhicule prioritaire en mission urgente.

Je rappelle également que les cyclistes sont des usagers faibles et que les conducteurs (même de tram !) doivent observer une attention toute particulière à leur égard. Ils sont vulnérables en cas de choc. Il faut donc tout faire pour assurer leur sécurité. Dans le cas présent, le cycliste roule sur une bande suggérée. Les chevrons ont deux fonctions. La première est de guider les cyclistes sur leur place à prendre. La seconde est d’attirer les autres conducteurs sur la présence possible des deux roues. Se tenir au milieu de la chaussée leur garanti une meilleure sécurité qu’en se tenant le plus à droite. De leur côté droit, ils peuvent éviter plus facilement l’ouverture d’une portière d’un véhicule en stationnement qui les enverrait sur les rails, pire sur le tram voire sous le tram ! C’est aussi plus facile d’anticiper un piéton qui traverse de manière impulsive ou d’éviter un nid-de-poule. De leur côté droit, ils évitent au pneu avant de s’engouffrer dans les rails surtout par temps de pluie.

Les cyclistes, contrairement à beaucoup d’autres conducteurs, se déplacent à la force de leurs jambes. Leur vitesse dépend de nombreuses variables. À moins d’être équipé d’un moteur électrique, il n’est pas simple d’imprimer un rythme soutenu ou de tenir sa ligne sur une chaussée semée d’embûches. Aussi, ces usagers de la route conduisent un véhicule. Il faut les considérer en tant que tel. En cas de dépassement, l’automobiliste doit maintenir l’espace libre d’un mètre avec le cycliste. Dans le cas présent ce n’est pas d’application puisque le Code de la route ne s’applique pas aux véhicules sur rail et qu’il est de toute manière contraint de suivre les rails.

Selon moi, les cyclistes doivent prendre leur place sur la chaussée tant que les aménagements ne sont pas en place. En agglomération, les arrêts de tram ne sont jamais très éloignés les uns des autres et je ne pense pas qu’un cycliste puisse retarder à ce point toute une ligne même si la STIB a beaucoup de mal à faire respecter la vitesse commerciale de son charroi.