La presse relaye une vidéo où on voit un tram klaxonner nerveusement derrière un cycliste. Ce n’est pas la première fois qu’on en parle et j’ai moi-même assisté plusieurs fois à ce genre de scène. À voir ces chauffeurs de trams aussi confiants, je me dis qu’ils sont certainement formés dans ce sens. D’ailleurs, la porte-parole de la STIB ne manque pas de répéter que le tram a toujours la priorité (lire mon article). Elle complète ses propos en disant que « les cyclistes doivent le laisser passer dès qu’ils le peuvent ».

❖ Un article vieillot et dépassé

Il y a du vrai dans ce qui est dit. Par exemple, l’article 12.1 stipule que les usagers doivent céder le passage aux véhicules sur rails en s’écartant dès que possible.

Tout usager doit céder le passage aux véhicules sur rails; à cette fin, il doit s’écarter de la voie ferrée dès que possible. — { CdR, art. 12.1 }

Je pense que cet article date du temps où les trams circulaient sur la chaussée parmi les automobilistes. Sur des larges chaussées, il était possible de se mettre de côté pour laisser filer le tramway. Actuellement, le tram des grandes villes est très souvent cantonné dans des sites propres ou des sites spéciaux franchissables où les automobilistes n’ont pas accès. Tout cela favorise une bonne circulation des transports publics dans des villes saturées en trafic routier.

Malheureusement, la presse, les représentants de la STIB et même certaines associations de cyclistes, distillent ce message selon lequel les cyclistes doivent s’écarter de la chaussée pour laisser passer le tram. Je rappelle que le cycliste est un conducteur comme un autre et qu’il a le droit d’occuper sa place sur la chaussée quand celle-ci ne dispose pas d’une piste cyclable. Aux endroits où la voirie est exigüe, le partage de l’espace public par tous les modes de transport est indispensable.

❖ Des chevrons pour guider les cyclistes

Aux endroits où le cycliste est amené à rouler proche des rails de tram, le gestionnaire de voirie a prévu un marquage au sol (chevrons) à l’intérieur des rails. Les chevrons ont deux fonctions. La première est de guider les cyclistes sur leur place à prendre. La seconde est d’attirer les autres conducteurs sur la présence possible des deux roues. Se tenir au milieu de la chaussée leur garanti une meilleure sécurité qu’en se tenant le plus à droite. Ils peuvent éviter plus facilement l’ouverture d’une portière d’un véhicule en stationnement qui les enverrait sur les rails, pire sur le tram voire sous le tram ! C’est aussi plus facile d’anticiper un piéton qui traverse de manière impulsive ou d’éviter un nid-de-poule. Enfin, ça évite au pneu avant de s’engouffrer dans les rails surtout par temps de pluie.

❖ Redoubler de prudence face aux usagers vulnérables

Je rappelle également que les cyclistes sont des usagers vulnérables (cf. art. 7.1) et que les conducteurs (même de tram !) doivent observer une attention toute particulière à leur égard. Les véhicules sur rails ne sont pas tenus de respecter le Code de la route, mais ils ont leur propre réglementation (AR 15/09/76) qui prévoit cette vigilance. Tout doit être fait pour assurer leur sécurité. Klaxonner de manière insistante en mettant la pression derrière un cycliste n’est pas un comportement exemplaire.

Les cyclistes, contrairement à beaucoup d’autres conducteurs, se déplacent à la force de leurs jambes. Leur vitesse dépend de nombreuses variables. À moins d’être équipé d’un moteur électrique, il n’est pas simple d’imprimer un rythme soutenu ou de tenir sa ligne sur une chaussée semée d’embûches. Selon Vias, la vitesse moyenne d’un cycliste est de 20 km/h.  La vitesse commerciale des véhicules sur rails est de 16 km/h. Globalement le cycliste ne gêne pas la progression du tram. En agglomération, les arrêts sont relativement rapprochés les uns des autres et je ne pense pas qu’un cycliste puisse retarder à ce point toute une ligne. Cela dit, à chaque conducteur de bicyclette de choisir le comportement à adopter. Si son allure est vraiment trop faible et qu’il occasionne un bouchon, il peut se mettre de côté mais cela ne doit pas être une obligation.