Pour faire simple, l’odonomie est l’étude des noms des rues. Elle fait partie de la toponymie qui étudie plus largement les noms de lieux. Une circulaire du Ministère de la Sécurité et de l’Intérieur du 23/02/18 apporte quelques lumières sur la détermination et l’attribution des adresses et des numéros d’habitations.

❖ Les noms de rue

Commençons par la base: seule la commune est habilité à déterminer, modifier ou supprimer les noms des rues situées sur son territoire. Chaque voie à usage public donnant accès à une unité de bâtiment doit avoir un nom de rue. Cela peut sembler évident mais un sentier doit avoir son nom tout comme une petite ruelle entre des rangées d’habitations.

Certaines rues sont à cheval entre deux communes tant verticalement (le côté gauche de la chaussée appartient à la commune A et le côté droit à la commune B) qu’horizontalement (à partir de tel numéro, on passe sur la commune limitrophe). On peut préciser que cette frontière imaginaire n’est pas forcément perpendiculaire mais peut être oblique ou en crochet. Tout se complique aussi dès lors que la commune ne possède pas l’ensemble du terrain. Par exemple, la chaussée appartient à la commune mais le trottoir est la propriété de la Région ou d’un privé ou même d’une société.

Le « nom de rue » se compose de deux éléments: un type de voie (rue, avenue, boulevard, chemin, chaussée, chemin, passage, place, drève, promenade, montagne, vallon, clos, carré, square, champ, cité, venelle) et un nom de voie. Il y a éventuellement un article partitif pour faire la liaison entre les deux. Par exemple: avenue du Brésil. En région bruxelloise, le nom des rues doit être bilingue¹. Dans les communes unilingues, le nom de la rue est écrit dans la langue officielle de la zone linguistique à laquelle appartient la commune.

Il ne peut pas avoir plusieurs homographes ou homophones (rue du Signe et rue du Cygne) dans la même commune. Il existe tout un tas d’autres recommandations, notamment celui d’éviter les noms des voies sans type de voie. Cela peut surprendre mais il existe des lieux où il n’y a pas de rue, avenue, chaussée… mais seul le nom de la voie. À Uccle, on a Cauter, Homborch et Vieux Chemin. Certaines rues portent le type dans leur nom en néerlandais: Dieweg, Ancien Dieweg, Bosveldweg, Opstaelweg ou encore Kauwberg, Moensberg.

Les noms de rue sont apposés sur des plaques. En fonction des communes, elles ont un gabarit, une matière, des couleurs de fond et de typographie différents. Il n’y a pas de règle sur la composition et les éléments obligatoires ou facultatifs comme le logo ou le blason de la commune, le nom de la commune, etc. Le minimum est d’avoir le nom de rue et si possible le nom de la commune. Le tout est généralement écrit en petites capitales accentuées. Les caractères sont à plat ou gaufrés pour donner du relief.

rue de la Brrasserie
plaque de rue, caractères gaufrés en rouge

Les plaques sont placées de manière lisible là où cela s’avère utile. Notamment à chaque extrémité de la rue, avec des rappels à chaque intersection. Il existe des sites où on peut acheter des plaques de rue personnalisées. Elles sont uniquement décoratives et ne peuvent être apposées sur la voie publique sous peine de sanction.


¹ Certaines artères n’ont pas d’équivalence dans l’autre langue. Par exemple, la Papenkasteel n’est pas traduite par « le Château du pape ». Parfois, les équivalences sont étranges comme cette rue des Myosotis qui devient Vergeet-mij-nietjesstraat en néerlandais. On retrouve ça également pour les noms des villes ou régions. Charleroi n’a pas d’équivalence en flamand mais Braine-l’Alleud devient Eigenbrakel.

❖ Le changement de nom

Cinquante pourcents des rues portent un anthroponyme, à savoir le nom d’une personnalité ou une personne qui a compté dans l’histoire. Bien évidemment, pour que le changement puisse aboutir, il faut des raisons sérieuses pour la demande de changement. Il faut aussi une consultation obligatoire des riverains. Aussi, la nouvelle dénomination doit se référer à l’histoire, aux lieux, au folklore local… Les noms de personnes vivantes ne sont pas autorisés, à l’exception des chefs d’État. Les personnes défuntes doivent l’être depuis plus de 50 ans. Ce dernier critère n’est pas toujours respecté. Il faut ensuite apporter une documentation cartographique et une biographie des personnes choisies.

  • proposition de dénomination par un élu, un service communal ou un citoyen
  • approbation du Collège et du Conseil
  • approbation par la CRTD
  • vote au Conseil communal
  • intégration du nom dans le Registre national
  • diffusion de l’information
  • réalisation et affichage des plaques de rue
  • enregistrement éventuel auprès de Google Maps et consort

❖ Les numéros de rue

Si la plaque de rue est une obligation légale de la commune, l’apposition du numéro de rue appartient au propriétaire des lieux ou au syndic. Selon le Règlement général de police commun aux 19 communes: « art. 65 §1. Tout propriétaire d’immeuble doit apposer de façon visible à l’extérieur, à front de rue, le numéro de celui-ci (…) §2. Dans le cas d’une nouvelle
construction, le propriétaire a l’obligation d’afficher le numéro qui lui aura été attribué endéans les quinze jours de la réception de ce numéro ». C’est donc bien l’administration communale qui attribue les numéros (appelé « numéros de police ») et les numéros de boîte pour les bâtiments contenant plusieurs entités de bâtiment.

Le numéro de rue est important notamment pour les services de secours. En cas d’urgence, l’absence de numéro pourrait être préjudiciable. Dans une moindre mesure, un numéro parfaitement visible permet aux personnes de trouver facilement le bâtiment: livreur, amis, aide-soignant… Il doit être mis sur l’accès principal à la voie publique.

Les numéros ont de préférence pour point de départ, soit l’hôtel de ville ou la maison communale, soit une grande artère. On peut imaginer qu’à l’origine, les numéros de rue partaient de l’administration communale de manière croissante. Plus on s’éloigne du coeur de la ville, plus les chiffres augmentent. Ce n’est évidemment pas toujours possible. La numérotation se fait un numéro sur deux. Les impairs sont affectés de préférence au côté gauche de la rue et les numéros pairs sont affectés à l’autre côté. Pour les places publiques, la numérotation se suit et se fait de préférence dans le sens anti-horloger.

numéro d'immeuble sur une place
numérotation dans le sens anti-horloger

❖ Féminisation des noms de rue

En 2021, la Région bruxelloise a eu l’idée de rebaptiser des noms de rues existantes pour soi-disant améliorer la représentation des femmes dans l’espace public. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, selon le site EqualStreetNames, 92 % des noms sont attribués à des hommes. Un constat qu’on ne peut pas nier et dont il est important de prendre en compte dans l’appellation des nouvelles rues ou tout nouvel aménagement qui nécessite d’être baptisé. Je concède que les occasions ne sont pas fréquentes, surtout en milieu urbain avec un bâti dense. Il serait également injuste d’attribuer ce noms féminins uniquement à des strotjes et pas aussi à de grands axes routiers.

La socialiste Nawal Ben Hamou, secrétaire d’État chargée de l’Égalité des chances, en fait son cheval de bataille. Par exemple, le Tunnel Leopold II deviendra le Tunnel Annie Cordy. Je ne suis pas certain que la pétillante chanteuse belge aurait aimé qu’on prête son nom à une infrastructure souterraine, sombre, saturée par le trafic et la pollution. On n’est pas féministe en faisant n’importe quoi au nom des femmes et surtout pas en reniant notre histoire. Et c’est sans compter les nombreuses modifications administratives qui demanderont du temps et la sollicitation du personnel. Madame Ben Hamou va encore plus loin et déclare: « Leur absence [les noms de rue attribués aux femmes] tend à perpétuer l’idée que seuls les hommes ont une capacité créatrice d’intérêt général et qu’il convient pour cela d’honorer leur mémoire » (source: SudPresse 08/05/2021). Quelle personne sensée peut penser que seuls les hommes ont une capacité créatrice? Imaginons que ce soit le cas, ce n’est pas en féminisant les rues qu’on changera la mentalité des abrutis. Il y a des combats plus importants à mener, notamment l’éducation.

Enfin, je ne partage pas cette idée qui veut que le genre du nom des rues reflète la proportion homme/femme dans la population. Autrement dit, il faudrait adapter les voiries existantes pour tendre vers les 50 pourcents. Cela peut être un critère mais pas le seul !