Les pneus, le sujet revient chaque année avec l’arrivée de l’hiver. Essayons de voir ce qui existe et ce qui est obligatoire en Belgique.

Profondeur minimale

Avant de parler de profondeur, je rappelle que les pneus sont tubeless; c’est-à-dire qu’ils sont dépourvus de chambre à air. L’article 81.4 nous apprend que « la profondeur des rainures principales des bandages pneumatiques ou semi-pneumatiques doit être d’au moins 1,6 mm à l’exception des cyclomoteurs pour lesquels la profondeur des rainures principales doit être d’au moins 1 mm ». Il faut bien avouer que cet article date un peu. Primo, nulle part on explique par exemple la différence entre des bandages pneumatiques et des bandages semi-pneumatiques. Secundo, la profondeur minimale évoquée n’est plus du tout au goût du jour ! Sur un pneu neuf, les rainures se situent environ à 8,5 mm. Certes, le témoin d’usure se situe bien à cette limite de 1,6 mm mais – dans un souci de sécurité – le garage change à 4 mm. Les problème commencent à partir de 3 mm de profondeur et le professionnel vous conseillera de les changer.

Pour vérifier soi-même la profondeur, il existe une jauge de profondeur. Sinon, le mieux est de demander conseil à son garagiste. C’est important de ne pas attendre la dernière minute pour réagir. Avec des pneus quasi lisses, la distance de freinage s’agrandit. Le risque d’accident est multiplié par 3 sur une chaussée glissante.

Les inscriptions sur un pneu

Une question bateau à l’examen écrit pour les futurs moniteurs, autant bien la connaître. Elle sert également lors du contrôle du véhicule pour la partie pratique. Après, je doute vraiment de la nécessité de les apprendre par cœur. Elles seront plutôt utiles à votre mécanicien en cas de changement de roue par exemple. À noter que les informations présentes sur le pneu peuvent varier. J’ai repris ce qui est le plus fréquent.

Informations sur le pneu

  • 195: largeur du pneu, exprimé en mm
  • 60: hauteur du flanc par rapport à la largeur du pneu, exprimé en %
  • R/B/D: type de construction de la carcasse du pneu: soit radial, diagonal ceinturé ou diagonal
  • 16: diamètre de la jante, exprimée en pouces (1 pouce = 2,54 cm)
  • 89: indice de charge, poids que le pneu peut supporter (91 => 615 kg) à multiplier par 4
  • H: indice de vitesse maximale (H => jusqu’à 210 km/h)
  • M+S: pneu Mud + Snow (boue + neige)
  • DOT 1813: date de fabrication, ici la 18e semaine 2013 (durée de vie moyenne: ± 5 ans)

Carcasse diagonale ou carcasse radiale ?

Les élèves au permis de conduire théorique nous rapportent cette question relative à la structure des pneus: « Peut-on placer des pneus à structure radiale à l’avant et des pneus à structure diagonale à l’arrière ? » C’est en effet interdit alors qu’on peut (mais ce n’est pas conseillé) des diagonaux à l’avant et des radiaux à l’arrière. La question de la structure du pneu n’est plus d’actualité puisqu’on ne vend pratiquement plus de diagonaux, à l’exception des véhicules de collection ou des véhicules agricoles. Pour les voitures, les radiaux sont plus fiables et sont apposés sur les deux essieux (avant et arrière).

Dispositions des pneus

Sous-gonflage et sur-gonflage

En tant que bon père de famille, il est important de veiller au bon fonctionnement et l’entretien de son véhicule. Cela passe notamment par la vérification de la pression des pneus. Au fil du temps, ils se dégonflent naturellement. Un contrôle doit être fait au minimum une fois par mois et dès que le véhicule est chargé ou s’apprête à faire un long voyage. Il se fait toujours à froid, c’est-à-dire quand le moteur n’a pas roulé (ou moins de 3 km à faible allure). Respectez les indications techniques pour connaître la bonne pression. Des ‘pompes’ sont généralement accessibles gratuitement aux stations service. Rouler avec des pneus sous-gonflés ou sur-gonflés présentent des risques.

Un pneu sous gonflé:

  • augmente la consommation de carburant en raison d’une + grande zone de frottement
  • augmente le risque d’éclatement
  • diminue la durée de vie en raison d’une usure précoce
  • risque de dérapage élevé

On conseille de vérifier la pression des pneus chaque mois. La majorité des conducteurs le font que très rarement. Ils préfèrent demander à leur garagiste lors d’un entretien. On peut néanmoins vérifier soi-même la pression à l’aide d’un manomètre ou se rendre dans une station essence. À moins d’avoir un véhicule neuf. Depuis 2014, toutes les voitures neuves doivent être équipées d’un système de mesure de pression des pneus. Soit un témoin lumineux apparaît quand la pression n’est pas bonne, soit un un capteur est intégré dans la roue et donne la pression exacte, parfois même aussi la température.

Pneus à clous

Ce sont des pneus d’hiver munis de ‘clous’ métalliques sur la bande de roulement. Ils sont utiles sur les routes verglacées et enneigées mais dangereux et inappropriés sur un revêtement ordinaire. Les clous se détériorent rapidement sur sol sec mais dégradent aussi fortement le bitume. Ils ne conviennent pas non plus à la vitesse. Ils ont surtout une utilité en montagne là où le déneigement est difficile. L’idéal est de remplacer les 4 pneus. Il vous en coûtera entre 500 et 1 000 euros.

Pneu à clous

Les pneus à clous sont interdits ! C’est écrit noir sur blanc à l’article 81.4.4. Je ne comprends pourquoi à l’examen écrit du permis de conduire, on retrouve systématiquement une question sur leur utilisation ?! C’est vrai, la législation prévoit bien une période mais c’est une exception. On ne peut pas faire d’une exception une règle générale que je sache. Qui plus est, cette dérogation ne se trouve pas dans le Code de la route mais dans l’AM 28/09/76, matière qui ne se trouve pas au programme pour le passage du permis théorique. Et pour ajouter encore un peu plus d’absurdité, cette mesure n’a d’ailleurs plus été d’application depuis des lustres. Comme indiqué, le ministre des Communications peut, à titre exceptionnel et aux conditions qu’il détermine, autoriser l’emploi de ces pneus lorsque les circonstances atmosphériques (neige, verglas) le justifient. La période s’étale alors de l’approche de l’hiver (1er novembre) à la fin des giboulées (31 mars). Pour résumer, la règle générale dit que les pneus à clous sont interdits, même s’il y a du verglas ou de la neige.

L’article 81 concerne les véhicules à moteur. Sont donc exclus les vélos. L’article 82 qui vise les cycles et leurs remorques ne cite aucune interdiction sur les pneus à clous. On peut donc supposer qu’ils sont autorisés sans restrictions. D’ailleurs, on les trouve généralement chez les vélocistes. Très utiles sur le verglas et beaucoup moins sur la neige. Ils peuvent être équipés que ce soit en zone rurale ou en milieu urbain.

Pneus hiver

Les pneus hiver sont particulièrement adaptés aux températures en dessous des 7°C. On le conseille à l’automne et en hiver puisqu’il convient à la neige, aux faibles températures mais aussi à la pluie. Contrairement au pneu été qui a tendance à durcir avec le froid et perdre de l’adhérence, le pneu hiver se compose d’un plus grand nombre de rainures, plus profondes et plus larges. Elles permettent d’évacuer l’excédant d’eau, de neige, de boue… Aussi, la gomme est particulièrement adaptée au froid. Plus tendre, elle adhère mieux à la route. Quelques avantages:

  • réduction importante de la distance de freinage, au moins 10 % à partir de 15°C
  • pas plus bruyant que sa version été (ce n’était pas le cas il y a une dizaine d’années)
  • plus performant par temps de pluie, neige, verglas…

> Utiliser des pneus été en hiver, la bonne solution ?

En Belgique, près d’un conducteur sur deux estime nécessaire de faire le changement de pneumatiques. Pourtant, ils sont moins nombreux à mettre leur parole en pratique. Cela s’explique notamment par des périodes hivernales moins marquées avec rarement de la neige. Le budget est également un gros frein. Il faut compter environ 1.000 euros pour changer les 4 pneus, jantes comprises. Pour ces deux raisons, nous sommes nombreux à rouler avec nos pneus été en hiver.

L’autre solution est de mettre des pneus hiver en été. Dans ce cas, c’est encore pire évidemment. Il y a une consommation supérieure de 15 %. La gomme s’use aussi beaucoup plus rapidement surtout les pneus placés sur les roues motrices. En revanche, contrairement à ce qu’on entend parfois, il n’y a pas de risque d’éclatement.

> Quand faire le changement ?

Pour avoir un repère, on garde généralement ses pneus été pendant 7 mois de l’année: du mois d’avril à la fin octobre. Et 5 mois pour les pneus hiver: de novembre à fin mars. N’attendez pas juin pour réagir. Utiliser des pneus hiver en été c’est perdre tous les avantages et ne garder que les inconvénients des deux gommes.

> Changer deux ou quatre pneus ?

Les concessionnaires conseillent de faire le changement sur les 4 pneumatiques, plutôt que les deux pneus d’un même essieu. La raison est simple: les caractéristiques des gommes sont différentes et peuvent avoir un comportement routier imprévisible. Un changement global améliore l’adhérence du véhicule et en particulier en cas de virage ou de freinage. Cela représente évidemment un coût. Comptez 110 € par pneu et ajoutez 80 € de main d’oeuvre pour le montage et l’équilibrage. À moins d’opter pour des pneus directement montés sur jantes en acier. Il faut alors compter 80 € supplémentaires par pneu. Un total de 880 € sans compter le stockage des pneus été.

> Pneu hiver ou 4 saisons ?

Les vendeurs vous conseillent évidemment d’anticiper la période hivernale et d’installer des pneus hiver dès le mois de décembre. Contrairement à leur appellation, ils ne se destinent pas uniquement à un environnement enneigé mais convient dès que les conditions sont plus difficiles (froid, gel, pluie). Certaines personnes préfèrent retarder la pose de ces pneus. Soit parce qu’elles estiment que la météo ne justifie pas ce changement, soit pour faire des économies. Il existe une autre alternative: le pneu 4 saisons.

C’est un bon rapport qualité prix mais sa polyvalence ne lui permet pas d’exceller sur des besoins spécifiques. C’est un choix judicieux pour les petits conducteurs qui roulent moins de 20.000 km. Idem pour les personnes qui se limitent à rouler en ville là où les routes sont dégagées lors des chutes de neige contrairement à la campagne. Il faut aussi éviter de partir en vacances au sky avec des pneus 4 saisons ou de voyager dans des pays montagneux. Autre contre-indication, ces pneus sont à proscrire aux personnes qui stressent vite lors d’une petite glissade surtout sur des véhicules lourds ou à propulsion. Toutefois, des pneus 4 saisons de qualité peuvent être meilleurs en été que des pneus été bas de gamme. Ils sont également plus performants dans les conditions hivernales que des pneus été.

> Réglementation sur l’usage

Comme chaque année, certains politiques tentent d’imposer leur utilisation. L’hiver 2015-2016 a été tardif et il n’était pas utile de faire le changement en novembre mais plutôt vers le début janvier. Actuellement, la réglementation n’impose pas leur utilisation ni la période. Chacun est libre de rouler avec des pneus été toute l’année sans être en infraction. On estime qu’un belge sur 5 équipe son véhicule de pneus hiver. Évidemment, cette réglementation ne tient que sur le territoire belge. En Allemagne par exemple, on vous oblige à équiper votre véhicule de 4 pneus neige (ou 4 saisons) en cas de neige ou de verglas sous peine d’une amende.

> Caractéristiques du pneu hiver

Le pneu hiver se reconnaît au marquage officiel représentant un flocon à l’intérieur d’une montagne a trois pics (3 PMSF: 3 Peak Mountain Snow Flake). Il peut aussi être complété de la mention M+S (Mud Snow: boue et neige). Un pneu avec la seule mention M+S n’est pas un pneu neige mais un pneu destiné aux voitures tout terrain pour un usage toutes saisons, également sous la neige. S’il accroche correctement sur la neige fraîche grâce aux sculptures spécifiques, il tient à peine mieux qu’un pneu été sur sol verglacé.

> Pneu hiver pour vélos

Enfin, il existe des pneus hiver pour les deux roues et plus particulièrement les scooters et les motocyclettes. Ils sont un peu plus chers que les pneus normaux: entre 130 et 150 € les deux pneus. Ils permettent de gagner en adhérence sur sol mouillé. En revanche, ils ne sont pas très utiles en cas de neige.

Conservation

Les pneus se gardent entre 5 et 7 ans. Ils ne doivent jamais dépasser les 10 ans, même s’ils ne sont pas montés. Les pneus non montés doivent se conservés dans un local aéré et à l’abri des conditions extrêmes. Les pneus sans jantes ne peuvent pas être empilés les uns sur les autres ni suspendus. Ils doivent rester debout avec une rotation d’un quart de tour tous les mois. Les pneus avec jantes se conservent à plat les uns sur les autres ou suspendus. Ils ne doivent jamais être stockés debout.

Les chaînes

Chaîne sur pneu hiverElles ne sont pas interdites sur la voie publique mais il faut bien avouer qu’elles ne sont pas d’une grande utilité en Belgique. En revanche, c’est un accessoire indispensable si vous partez en montagne où les routes sont sinueuses et moins dégagées. Elles sont montées uniquement sur les roues motrices. En fonction de la dimension des pneus, la taille des maillons des chaînes peut varier (7 ou 9 mm sur la Peugeot 208). Il est vivement recommandé de s’entraîner au montage avant son départ, sur un sol plat et sec. En cas de neige, elles vous éviteront de rester bloqué sur place ou de valser dans le décor malgré des pneus neige/hiver. Elles offrent une adhérence sans pareil uniquement en cas de neige. Il existe également des “chaussettes” à pneu qui sont plus simples à installer mais sont moins performantes et s’usent davantage. Dernier conseil, évitez de rouler sur une route déneigée avec des chaînes, pour ne pas endommager les pneumatiques de votre véhicule ainsi que la chaussée.

En France, les chaînes ne sont pas obligatoires. Elles ne font pas non plus requises dans l’équipement de base d’une voiture. Difficile d’imposer une réglementation pour tout le pays et dépendant de la météo. Cela n’empêche pas d’avoir un signal d’obligation (!) et de contraindre les conducteurs à mettre leurs chaînes sur au moins 2 roues motrices. On ne précise pas non plus les conditions étant entendu que le signal est présent toute l’année. Mieux vaut donc le savoir à l’avance que de l’apprendre au moment de croiser le panneau routier et de faire demi-tour ou d’être en infraction. Mais avoir une paire de chaînes (et de gants) dans le coffre ne fait pas tout, faut-il encore savoir les monter.

Pneus retaillés

On trouve très peu d’information sur le sujet. L’article 81.4.3 a été abrogé: « Les pneus retaillés sont interdits pour les voitures et les voitures mixtes ». Le retaillage (ou recreusage) consiste à ‘redessiner’ les rainures du pneu. Évidemment pas avec un marteau et un burin mais dans un atelier professionnel avec du matériel spécifique. Beaucoup de moniteurs prétendent qu’ils sont interdits ou autorisés uniquement pour les véhicules lents (véhicules de chantier, véhicules agricoles). Voici ce qu’on peut lire dans l’ouvrage Connaître et conduire:

L’utilisation de pneus retaillés n’est pas interdite pour les camions ni pour les autobus; une prudence particulière s’impose cependant quant à leur utilisation. Il est conseillé de ne pas les monter sur l’essieu avant: ce pourrait être très dangereux, notamment en cas d’éclatement. Ce type de pneu s’appelle regroovable. — { Connaître et conduire, édition 2015 }

Il faut distinguer le recreusage et le rechapage.

Recreusage — Certaines marques de pneumatiques pour poids lourds prévoient une bande de roulement résolument épaisse qui permet, lorsqu’un premier témoin d’usure est atteint, de recreuser la sculpture (le dessin) du pneu. Cela permet de lui redonner en général 25 % de durée de vie supplémentaire, en conservant de bonnes performances ainsi qu’une résistance au roulement. Le recreusage se fait au garage pour une vingtaine d’euros par pneu.

Rechapage — Une fois usé, le pneumatique d’un poids lourd peut être réchappé et réutilisé. Cette manipulation consiste à enlever la gomme restante de la bande de roulement usée pour ne garder que la carcasse du pneumatique et y remettre une nouvelle bande de roulement. Ce travail est fait à chaud (cuisson du pneu) ou à froid. Le rechapage est très courant pour ce genre de véhicule. Environ 1 pneu sur 2 en France est un pneumatique rechapé. Un pneu peut-être rechapé plusieurs fois et une même carcasse peut ainsi parcourir plus d’un million de kilomètres. Pour la comparaison, un pneu d’avion peut être rechapé jusque 7 fois.

Récapitulatif

  autorisation période
Réglementation sur les pneus
pneus à clous interdits, sauf accord du ministre (voir AM 28/09/76) pendant la période réglementaire ET que les conditions climatiques le justifient (verglas, neige) | CdR art. 81.4.4 01/11 au 31/03
pneus hiver autorisés, sans obligation aucune, mais on les conseille en dessous de 7°C
pneus neige autorisés, sans obligation aucune, ils sont surtout efficaces en montagne
chaînes autorisées uniquement en cas de neige ou de verglas | CdR art. 81.4.4 aucune
pneus retaillés Interdits, sauf cas précis