En tant que cycliste régulier, je me suis demandé si ce système d’Uber Eats était si intéressant financièrement. Je me suis prêté au jeu en me glissant dans la peau d’un coursier pendant deux mois. Pour infos, je ne suis sponsorisé par aucune marque citée dans cet article.

Uber Eats est un service de livraison de repas à domicile tout comme ses deux concurrents: Deliveroo ou TakeAway. Plus besoin de se déplacer jusqu’au fast-food, il suffit de commander et d’attendre la livraison. Un coursier en vélo ou en scooter se charge d’apporter le repas à domicile. Avant mai 2020, le coursier gagnait 2 euros la course + 1 euro par kilomètre parcouru. Autrement dit, plus la distance était longue plus le gain était important. Actuellement, c’est un prix fixe de 4,95 euros pour chaque course que le client soit à 2 pâtés de maison ou à 25 minutes du restaurant. Et qu’on se le dise, ils sont plutôt rares les clients proches de la pizzeria ou du MacDo.

❖ Le mode de déplacement: vélo ou scooter

À l’origine, Uber Eats est pensé pour les cyclistes. Du point de vue marketing, ça se valorise avec les notions d’éco-responsabilité qui vont bien avec. Cela dit, la compagnie autorise les courses en scooter ou en moto. Il faut alors être en ordre d’assurance, d’immatriculation, de permis de conduire et respecter les règles en vigueur comme le port du casque obligatoire. Pour ceux qui, comme moi, le font à vélo, il faut veiller à l’indiquer. Uber vous attribue ce type de déplacement et l’indique aux clients lors des livraisons. Le système de navigation s’adapte également puisqu’il vous fait passer dans des endroits interdits aux autres véhicules: SUL, zone piétonne, desserte locale, zone en travaux, zone résidentielle restreinte (porte de Namur), etc. Après, j’en connais beaucoup qui livrent en voiture et sont inscrits comme cycliste. C’est interdit sauf si vous le déclarez¹. C’est alors un autre type de partenariat.

Livrer en vélo n’a rien de comparable avec un vélo électrique, une mobylette ou encore une voiture. Avec un vélo sans assistance électrique, difficile d’assurer une journée complète sans être sur les rotules. C’est assez physique d’autant plus que le relief bruxellois est irrégulier. En vélo électrique, c’est plus confortable et plus rapide. En contrepartie, il faut disposer d’un tel vélo ou en louer un et ne pas oublier de recharger la batterie.

Pour ceux qui n’ont pas de vélo et qui veulent travailler immédiatement, le mieux est de passer par la location. Oubliez les Villo ou les Jump pour lesquels on paye au temps d’utilisation. Le mieux est de trouver un vélo à louer sur le moyen et le long terme à un prix intéressant. E-bike-to-go est un petit nouveau sur le marché et propose la location à Bruxelles. J’en ai encore jamais vu. Sans doute en raison de leur abonnement un peu cher: 109 euros par mois. En revanche, Swapfiets est bien installé dans la capitale. Un des avantages de l’agence c’est qu’elle dispose d’une antenne rue Antoine Dansaert proche du centre-ville. Pour un vélo ordinaire, il faut compter 15 euros par mois et 75 euros pour la version électrique. Ce sont les plus utilisés à Bruxelles, même si les conditions générales n’autorisent pas cet usage.

Le Locataire n’est pas autorisé à utiliser le vélo électrique comme outil de travail. En d’autres mots: utiliser le vélo électrique pour par exemple un métier de livreur est interdit. — { Swapfiets, conditions générales }

En scooter, c’est sans doute le moyen le plus rapide de livrer sans trop se fatiguer. Cela dit, il deviendra moins performant dans une ville comme Bruxelles où la limitation de vitesse sera de 30 km/h partout. Ils sont aussi moins agiles dans les bouchons. Ils ne peuvent emprunter les zones apaisées comme les zones piétonnes, ni franchir le feu grâce au B22, B23. Et avec une plaque, il est facile de recevoir un PV. Il faut aussi pouvoir gérer le plein de carburant pour ceux qui travaillent plusieurs heures de suite. Reste à voir si financièrement c’est avantageux aux regards des frais liés à ce mode de déplacement: assurance, carburant, entretien… sans oublier les éventuelles amendes.


¹ Si vous choisissez la voiture, vous ne pourrez plus faire de livraison à vélo. Sachez également que les commandes peuvent être plus volumineuses et les distances plus importantes.

❖ Comment ça marche ?

Inutile de vous rendre au siège Uber Belgique ou de participer à une réunion d’information comme ça se faisait autrefois. À l’heure des nouvelles technologies, tout se fait via smartphone. Il suffit de télécharger l’application Uber Driver et de s’inscrire. C’est très facile et plutôt intuitif. Pour ceux qui ont un peu plus de mal ou qui hésitent, aidez-vous d’un coursier expérimenté. Il faut ensuite envoyer tous les documents requis: copie de sa carte d’identité, copie de sa carte bancaire et extrait du casier judiciaire vierge. Entre la demande des documents à la maison communale et la vérification, ça prend quelques jours. Il faut encore acheter un sac isotherme (pas nécessairement celui de la marque même si c’est préférable) et le prendre en photo avec sa carte d’identité. Une fois les documents validés, vous êtes prêt à partir à la pêche aux commandes.

captures Uber Eats

Au niveau de la pratique, c’est un peu intriguant au début mais c’est très simple d’utilisation. Après quelques courses, c’est assimilé. Vous êtes guidé par la navigation d’Uber et vous pouvez aussi choisir la navigation vocale via Google Maps. Une fois chez le client, pas besoin de regarder l’étage, les sonnettes… la plupart du temps, les gens sont avertis de votre présence et viennent à votre rencontre. L’échange est très bref, a fortiori en période de COVID. Il faut néanmoins ne pas se faire arnaquer et s’assurer que c’est la bonne personne: « Bonjour, vous avez commandé via Uber ? Votre prénom c’est… ? Voici. Bon appétit. Au revoir ». Les commandes sont toujours enregistrées avec le prénom et un numéro unique. De plus en plus de gens demandent de laisser le repas  devant la porte. Il suffit alors de prendre une photo et de finaliser la livraison.

❖ Tout l’équipement est à votre charge !

À l’exception de l’application, Uber ne s’occupe de rien d’autre. Il ne vous offre pas le vélo, ni l’équipement adéquat, encore moins le smartphone, la 3G, le support téléphone, l’assurance en cas d’accident… Et c’est sans compter les petits dégâts qui peuvent survenir: le téléphone tombe, le vélo s’abîme en accrochant du mobilier urbain, le pneu crève. Pour l’anecdote, j’ai crevé trois fois en deux semaines avec mon vélo de ville. Le verre brisé ça ne pardonne pas. Depuis, j’ai opté pour des pneus dits increvables: les Schwalbe Marathon Plus. On les trouve facilement chez les vélocistes et notamment le point vélo de l’ASBL Cyclo Bourse qui se trouve en souterrain. L’endroit est très chouette. Il y a un parking vélo immense, un vélowash pour décrotter les saletés du mauvais temps et un atelier pour les réparations ou l’achat de matériel.

L’application exige une photo du sac à dos isotherme — le fameux cube — avec votre carte d’identité apposée par dessus. Sur le site officiel, le sac est repris à 67 euros. Ça reste cher pour ce que c’est. Soit vous avez déjà un sac isotherme adapté, neutre et sans branding. Soit  vous demandez à un ami Uber de vous prêter son sac pour faire la photo et vous vous débrouillez pour avoir votre propre sac. Soit vous cherchez cet accessoire sur les sites de seconde main ou le Marketplace de Facebook. On trouve des sacs neufs pour 40 euros.  Il est volumineux mais reste léger, étanche et idéal pour le rangement des pizzas ou des grosses commandes. Ce sac aux couleurs de la marque est aussi un moyen rapide d’être facilement identifié par les restaurateurs.

sac Uber Eats
sac Uber Eats

La veste à l’effigie de la marque n’est pas obligatoire. Elle est vendue sur le site officiel à 70 euros. À nouveau, en cherchant sur le web, on la trouve pour 25 euros. Elle est imperméable, plutôt jolie, très confortable et elle permet de ranger son téléphone dans la manche.  Autrefois, Uber offrait un maillot mais ce n’est plus d’actualité.

veste, maillot Uber Eats
veste et maillot Uber Eats

❖ Le matériel et les accessoires

Le minimum requis c’est un vélo et un sac qui tient chaud. Tout le reste est facultatif. Il est tout à fait possible de travailler avec le minimum requis mais si vous travaillez régulièrement et sur du long terme, ça va vite être la galère. Investissez progressivement en fonction de votre rendement. Inutile d’aller chercher des marques prestigieuses, Décathlon offre un très bon rapport qualité/prix. J’ai fait une petite liste non-exhaustive de l’équipement.

— Un vélo en ordre de marche + un kit en cas de crevaison + éclairage + casque + cadenas.
— Entretien du vélo (nettoyage, réparation)
— Un sac à dos isotherme.
— Une assurance vélo (en cas d’accident et contre le vol pour les vélos coûteux).
— Un téléphone avec une bonne batterie + connexion 3G + écouteurs pour le guidage GPS.
— Un support téléphone qui se détache facilement. Le meilleur: Quadlock.
— Des vêtements visibles de jour comme de nuit et imperméables pour rouler par temps de pluie.
— Des sous-vêtements respirants, surtout si vous avez un rythme sportif.

❖ Le travail avec Uber Eats est-il légal ?

Uber a déjà fait couler beaucoup d’encre avec son système de taxi. Pour la livraison à domicile en vélo ça n’a pas été simple mais des arrangements ont été trouvé et c’est devenu tout à fait légal. Depuis 2018, la société est reprise dans les plateformes agréées par l’État de ce qu’ils appellent l’ « économie collaborative ». Il y a deux sortes de statut: l’indépendant assujetti à la TVA et le particulier (P2P). En tant que particulier, vous êtes autorisé à gagner maximum 528 euros par mois.

La loi De Croo permet aux usagers P2P qui font partie de ce type d’économie de gagner un certain montant sans être imposés car ces revenus ne seront pas considérés comme des revenus professionnels. Vous ne pouvez pas dépasser 6340 € de revenus pour l’année fiscale 2020 pour toutes vos activités dans l’économie collaborative (tous secteurs confondus). Aller au-delà de ce montant entraîne une requalification légale en tant qu’indépendant complémentaire et une imposition en tant que telle.— { Uber.com }

Vu que l’activité est autorisée, vous ne serez pas inquiété par la police. Si cette dernière intervient c’est plutôt pour vérifier la conformité du scooter par exemple (assurance, immatriculation, permis, casque). Pour le reste, ça concerne votre partenariat avec Uber. Il n’y a pas de contrôleurs sur le terrain pour voir si vous respectez bien les consignes, mais si vous n’êtes pas “professionnel”, vous serez rappelé à l’ordre ou votre compte sera suspendu ou supprimé. Uber attache une grande importance au retour client et il y a suffisamment de coursiers pour ne garder que les plus rentables.

La grosse majorité des cyclistes ou cyclomotoristes sont des étudiants. Ils font ça pour avoir un peu d’argent. On retrouve aussi des moins jeunes qui exercent ce job en complément d’un autre boulot à temps plein afin d’arrondir leurs fins de mois. Enfin, il y a les indépendants qui triment tous les jours de la semaine et c’est leur seule source de revenus.

❖ Les bons plans pour trouver des courses

Depuis le confinement, les gens sont plus nombreux à faire du télétravail. Cela suppose plus de clients. Inversement, les restaurants et les bars ont fermé et c’est une source d’activité en moins, même si certains continuent à faire de l’emporté et de la livraison. La concurrence est rude au sein même d’Uber puisqu’il y a énormément de coursiers, notamment au centre-ville et à la porte de Namur. Il n’est pas rare d’attendre 40 minutes sans rien avoir à se mettre sous la dent. Si vous débutez, à vous de trouver l’emplacement des grandes chaînes de restauration rapide qui font de la livraison à domicile (take away).  Et ne croyez pas que les commandes sont octroyées par ordre d’arrivée. C’est très aléatoire.

À vélo, le principal ennemi, ce sont les conditions climatiques. Fort est de constater que dès qu’il pleut ou que  le froid commence à pointer son nez, les effectifs se réduisent fortement.  Pourtant, c’est aussi à ce moment que les gens préfèrent rester chez eux et se nourrir rapidement sans se prendre la tête. Une fin de mois difficile force aussi les plus motivés à enfourcher leur vélo.

Le créneau horaire est aussi important. Dans la mesure où les gens se restaurent vers midi, les commandes sont plus nombreuses entre 11h30 et 14h30. Le soir c’est entre 18h et 22h. Entre-temps, les clients peuvent commander à n’importe quel moment et pas forcément des plats à manger dans l’immédiat. Cela peut être du pain, des pâtisseries, des provisions du Carrefour…

❖ Les appréciations: pouce vers le haut, vers le bas

Au commencement, le coursier n’a aucune note globale. Normal, il vient de commencer. Après 10 notations (pouce donné par un client ou un restaurateur), la note apparaît. En général, si vous avez fait votre travail correctement et que la commande est arrivée sans encombres, vous recevez 100 % de satisfaction. Pour diverses raisons, ce pourcentage peut baisser. Le problème c’est que le livreur n’est pas toujours la cause du mécontentement. Par exemple, le coursier est au restaurant et demande la commande. Elle n’est pas prête. Il peut le signaler dans l’appli mais elle ne va pas aller plus vite pour autant. Le client, lui, peut s’impatienter également. Mécontent, il peut avoir tendance à mettre la faute sur le livreur et le pénaliser via l’application.

Autre cas vécu: la boisson se renverse à cause du mauvais emballage et le cahot de la route. À nouveau, c’est le coursier qui va trinquer et se prendre une mauvaise appréciation alors qu’il ne peut pas voir comment sont disposées les boissons dans le sac papier. Autre exemple: le client a encodé la mauvaise adresse. L’erreur vient de sa part mais ça ne l’empêchera pas de mal noter le livreur.

À partir de 90 %, Uber envoie une alerte pour mettre en garde le livreur. À 85 %, le compte est suspendu. Il est possible de remonter sa côte mais le prix à payer est exagéré. Pour rendre sans effet un pouce vers le bas, il faut 100 pouces consécutifs vers le haut !  On parle bien de 100 évaluations, pas de livraisons. De plus, les clients ne prennent pas toujours le temps ou n’ont pas conscience de l’importance de noter le coursier. Il faut donc inciter le client à donner son avis: « Si vous êtes satisfait de la livraison, n’hésitez pas à mettre un pouce vers le haut. Cela m’aide beaucoup. »

❖ Côté client, comment ça se passe ?

Je suis sans doute de la vieille école mais j’ai pour habitude de me déplacer jusqu’à mon lieu de restauration plutôt que de me faire livrer. Je me suis quand même demandé comment ça se passait côté client. J’ai installé l’application Uber Eats et le système m’a directement loggé avec mes identifiants de coursier. J’ai passé commande dans un fast-food.  Il n’y a pas de minimum pour se faire livrer. Vous pouvez commander un simple hamburger à 2,15 euros si ça vous chante. En revanche, le prix de la course de 4,95 est toujours due. Cela signifie qu’il est plus avantageux de passer une grande commande ou de regrouper plusieurs petites commandes.

Très vite, le système vous avertit que le fast-food prend en charge la commande. Aussitôt, un livreur des environs est désigné. Vous voyez apparaître une carte avec un vélo et le nom du livreur. Le profil de ce dernier est accessible facilement. On y voit depuis quand il a commencé son activité, le nombre de livraison, sa notation globale, sa photo et son mode de transport. Le plus amusant est de voir en temps réel le déplacement du cycliste et le trajet proposé par le guidage GPS d’Uber. Une minute avant l’arrivée de Mina, l’appli vous envoie une alerte. Une autre sonnerie quand elle est arrivée à bon port. Et pour la petite anecdote, j’ai été très surpris du coursier. Ce n’était pas Mina en vélo mais un homme en scooter.

captures, commande sur l'application Uber Eats

Élément intéressant, le géant de la livraison se prend une commission sur chaque article vendu. En allant chercher sur le site des grandes marques de fast-food comme MacDo, Quick, Burger King, vous ne trouverez pas les prix. Ils sont affichés uniquement sur place. Par exemple, dans le Burger King De Brouckère, vous allez payer +0,20 € pour un double cheese et +1,30 € pour le menu Ultimate bacon king. Et c’est sans compter le petit pourboire pour le livreur. Se faire livrer à domicile c’est confortable mais c’est pas du tout économique.

tarifs des hamburgers, Burger King (De Brouckère)

❖ Le pourboire; c’est le client qui trinque

L’entreprise de livraison se fait une marge sur chaque commande. C’est normal, elle rend un service et compte bien se faire payer. On pourrait imaginer un système de récompense octroyé aux cyclistes selon divers critères. Chez Uber, ils ont inversé le principe: c’est le client final qui récompense le livreur ! Lors de sa commande, on lui force un peu la main en lui proposant de laisser un pourboire. Ainsi, la société compte sur la générosité des clients plutôt que de piocher dans son bénéfice.

Avec Uber c’est simple: si tout se passe comme prévu, vous ne serez ni avantagé, ni récompensé (ou très rarement). Vous êtes un numéro parmi d’autres. En revanche, dès qu’il arrive le moindre souci, vous recevez un avertissement. Je prends un exemple concret qui m’est arrivé. J’attends 20 minutes devant le Green Mango. Je ne vois  pas que mon pneu se dégonfle suite à une crevaison. J’accepte la commande. Au moment de repartir, je dois annuler la livraison. Le système renvoie alors le menu à un autre coursier. J’essaye de joindre l’aide mais personne ne répond. Et ce n’est pas un cas rare, tous les utilisateurs vous diront que l’aide téléphonique est injoignable. Résultat, impossible d’expliquer la raison. En échange, c’est un premier avertissement !

❖ Sécurité routière: prudence et anticipation

Je ne peux pas parler des coursiers à vélo sans parler de sécurité routière. Dans le milieu, on voit de tout. Le pire fléau concerne le respect des feux de signalisation. Un coursier sur deux ne les respecte pas. Dans cette moitié, il faut encore considérer ceux qui passent le carrefour comme des têtes brûlées et ceux qui y vont progressivement avec précaution. L’autre danger concerne l’attention. Pour mener à bien sa mission, on est guidé par GPS. C’est très pratique. Beaucoup préfèrent visualiser la trajectoire plutôt que d’être guidé vocalement. À force de regarder son téléphone, on se concentre moins sur la route et le risque de collision est plus grand. Le phénomène est amplifié avec ceux qui glissent leur portable dans un brassard.

Et l’éclairage des vélos, on en parle ? Ces jeunes sportifs pensent que l’éclairage public suffit pour être vu mais ils oublient qu’il s’agit avant tout de les distinguer clairement et rapidement par les autres usagers et notamment les voitures. Le minimum est une loupiote blanche à l’avant et une autre rouge à l’arrière. Le mieux est sans nul doute une lampe LED blanche qui éclaire une large partie de la route. Ça permet de déjouer pas mal de pièges (trous, débris, rails de tram) surtout quand on ne connait pas les lieux. À l’arrière, on trouve des éclairages rouges suffisamment puissants pour être vu de loin. Les vêtements avec des bandes rétroréfléchissantes font vraiment la différence.

En ville, plus qu’ailleurs, il faut du sang froid et de l’anticipation pour être coursier. Sans ça, je ne donne pas cher de votre peau. Ca ne sert à rien de se prendre la tête et de savoir qui est en tort ou si tel comportement est acceptable. Gardez votre énergie pour votre objectif ! Les automobilistes sont parfois peu vigilants à l’angle mort notamment lorsqu’ils tournent à droite. L’emportièrage est un autre danger auquel il faut attacher une attention particulière. Il est important de se tenir à une distance latérale raisonnable des véhicules stationnés quitte à irriter quelques chauffards.

❖ Comment se fait l’attribution d’une course ?

Ce sont des algorithmes qui gèrent tout ça. Le premier critère connu est la distance du livreur par rapport au restaurant. Il est clair que le système ne va pas faire venir un cycliste qui se trouve à 20 minutes alors qu’il y en a un à 2 pas de l’établissement. La question se pose lorsqu’un grand nombre de coursiers se retrouvent agglutinés près d’un MacDo ou d’un Quick. Vu le fort rendement de ces enseignes, chacun espère avoir une commande. Il m’est déjà arrivé de passer devant un MacDo et de recevoir une course alors que d’autres attendent depuis 50 minutes ! Uber ne communique pas sur les algorithmes et prétend qu’il y a une partie aléatoire. On ne sait pas si des critères sont pris en compte comme l’ancienneté (les nouveaux reçoivent plus facilement une course), le nombre de courses effectuées sur la journée, la note globale du coursier, etc.

Certains livreurs expérimentés prétendent qu’il faut attendre aux endroits où il y a beaucoup de livreurs. D’autres connaissent les spots rentables et se font un petit parcours pour ne pas rester à attendre dans le vent.

❖ Peut-on refuser une course ?

Refuser une course peut-il avoir un impact sur la note globale du livreur ? C’est une question récurrente chez les nouveaux. Heureusement, le coursier peut toujours refuser une proposition sans avoir à se justifier. Je ne parle pas d’annuler une commande en cours, mais de refuser la suggestion. Elle n’entraîne aucune pénalité. On peut la skiper ou attendre la fin du compte à rebours¹. C’est plutôt rassurant car certaines chaînes de fast-food ou de restaurants avec peu de clientèle ont une très mauvaise gestion des commandes. Le temps de préparation est très long et mal organisé. Les clients sur place sont favorisés au détriment des partenariats avec les sociétés de livraison. Avec un peu d’expérience, on finit par identifier les restaurateurs à éviter.

Si vous ne voulez pas refuser une course, il suffit de laisser le décompte tourner jusqu’à la fin. La commande est alors transférée à un autre coursier. Beaucoup de cyclistes se mettent des limites en termes de distance: à quoi bon accepter une course de 30 minutes (+ 30 minutes pour revenir) puisque le tarif est toujours le même.  Aussi, plus le temps est long, plus le repas se refroidit et moins il y a de chance d’avoir un pourboire. Et comme vous êtes à vélo, c’est de l’énergie gaspillée.


¹ À ce jour, le seul impact négatif concerne les challenges et les bonus. En réalité, ils sont tellement rares et pratiquement infaisables (en vélo) que ça reste dérisoire. En revanche, Uber attribue un taux d’acceptation à chaque livreur. À voir si le géant américain ne s’en servira pas pour contrer le refus des courses éloignées.

❖ Les avantages et les inconvénients

Le bouche à oreille et l’automatisation du processus permettent à Uber d’engager des clients sans avoir à les recruter. Le statut de P2P permet à l’entreprise de s’affranchir de tous les frais liés aux besoins de la tâche. L’absence de contrat donne la totale liberté de suspendre ou de supprimer un travailleur sans devoir rendre des comptes. Vous avez un accident ? ce sera pour votre pomme. Enfin, alors que l’absentéisme frappe de nombreux secteurs, les coursiers sont payés à la pièce, à savoir uniquement quand ils fournissent un rendement. Bienvenue dans le monde de l’uberisation.

Points positifs

— Pas de paperasse administratives longues et compliquées.
— Aucune discrimination à l’embauche, seuls les documents comptent.
— L’application est bien foutue même s’il y a parfois des bugs.
— Revenus complémentaires jusqu’à 528 euros par mois.
— Payements automatisés tous les lundis ou au choix.
— Le client peut verser un pourboire (mais faible et occasionnel).
Grande autonomie: on travaille/arrête quand ça nous chante.
— Vous travaillez pour vous sans avoir un patron à vos basques.
— Rouler en vélo et être payé, c’est le pied pour celui qui aime ça.

Points négatifs

— Le partenariat peut être rompu à n’importe quel moment sans aucun justificatif.
— Tous les frais sont à votre charge: vélo, téléphone, internet, sac à dos…
— Aucune assurance prise en charge (vol du vélo, accident en tort).
Les temps morts sont fréquents et ne sont pas payés.
— Le temps pour se rendre au resto n’est pas compté ni le retour de la course.
— Les rushs se situent aux heures de table (11h-14h et 18h-20h) donc vous travaillez pendant ce temps.
— Les aliments, surtout les boissons, ne sont pas toujours bien emballés pour le transport à vélo.
— L’assistance téléphonique est quasi injoignable.

À cela s’ajoute le manque d’humanisation entre la société et le livreur mais aussi entre le coursier et le restaurateur et même le client. Tout comme le client est repris sous un numéro, le coursier n’est qu’un pion. On peut attendre 20 minutes dans le froid et ne pas recevoir un “bonsoir”. On peut se donner à fond sous une pluie battante et rien avoir en retour si ce n’est la porte qui se referme. Chacun gère ses frustrations, chacun se démerde avec ses commandes. C’est le monde de la débrouille. Heureusement que tout ces gens courageux sont toujours prêts à rendre service à un collègue. Il suffit juste d’aller à leur rencontre.

❖ Conclusion

Vous l’avez compris, Uber Eats est intéressant si vous êtes déjà équipé et que vous aimez la bicyclette. C’est un moyen facile de se faire un peu d’argent (pour les étudiants) ou d’arrondir les fins de mois difficiles. Après, il faut prendre en compte tous les éléments: temps d’occupation (temps d’attente + temps de livraison + temps de retour), amortissement des frais, vigilance sur les routes, fatigue des trajets, conditions de travail, faible tarif des courses longues, insécurité dans des endroits glauques… C’est loin d’être la poule aux œufs d’or. Si on rapporte le temps total d’occupation avec les gains engendrés, le tarif horaire reste assez faible pour ne pas dire minable (entre 5 et 7 euros de l’heure). Les conditions climatiques influencent fortement les sorties. Attendre 40 minutes dans le froid ou rouler sous la pluie dans un trafic routier saturé, c’est loin d’être évident. À  moins d’habiter dans un quartier très commerçant et d’attendre les courses depuis son domicile.