Notre ministre de la Mobilité, Elke Van den Brandt (Groen) se félicite des adaptations prises en urgence pour faire face aux problèmes de mobilité en raison de la crise COVID-19. Vu que la population rechigne à utiliser les transports en commun et préfère utiliser sa voiture, la Ministre joue la carte du tous à la bicyclette. Ce n’est pas un secret pour personne mais notre capitale n’est pas du tout adaptée à la pratique du vélo de façon sécurisée. De gros efforts ont été menés pour améliorer les choses mais il faut admettre qu’on part de loin et qu’il reste encore beaucoup de progrès à faire. Les cyclistes naviguent donc entre des portions sécurisées et des portions résolument pensé pour la voiture. Pour rassurer les plus sceptiques d’enfourcher leur deux roues et de se confronter au trafic, la ministre annonce la création de 40 km de pistes cyclables sécurisées. C’est une bonne chose en soi même si la façon de faire (on agit et puis on consulte les communes) est regrettable. Une autre mesure est celle d’instaurer des “zones apaisées”.

❖ (Encore) une mauvaise idée ?

À nouveau, très peu de consultation des communes et la solution miracle choisie est le panneau F12. Ce code ne vous parle sans doute pas mais le gouvernement et les médias parle de “zone 20”. Selon moi, ils ont voulu mettre une grande partie des voiries en zone 20 km/h mais il n’existe pas de panneau officiel. Du coup, ils se sont retranchés sur la “zone résidentielle et de rencontre”. Effectivement, dans ces caractéristiques, il est prévu une vitesse de maximum 20 km/h mais ce n’est qu’une particularité. Je comprends bien que c’est une solution prise dans l’urgence et qui est éphémère (quoi que… on verra si c’est pas une stratégie pour en faire du définitif). On pallie un manque par l’utilisation d’un panneau dont la vocation est toute autre. Croire qu’on va changer le comportement des automobilistes avec simplement la présence d’un panneau c’est illusoire. En sécurité routière, on sait depuis des lustres que ça ne marche pas. Pour rappel, tout le Pentagone est déjà en zone 30 alors que l’aménagement des rues ne s’y prête pas toujours. Fallait-il dépenser tant d’énergie pour 10 km/h en moins en sachant que ça ne sera pas respecté?

❖ Un aménagement des lieux est indispensable

Il faut bien comprendre que l’instauration d’une zone de rencontre ne se fait pas d’un claquement de doigts. C’est d’abord une concertation des différents acteurs – dont les habitants – pour savoir si c’est pertinent. Ensuite, le gestionnaire de voirie doit repenser toute la voirie de maison à maison. La philosophie de cet espace est de faire en sorte que le piéton, le riverain se réapproprie l’espace. Les voitures n’occupent plus une large place sur la chaussée avec un trottoir de part et d’autre mais toute la voirie est offerte aux piétons. Et plutôt que de bannir les véhicules à moteur, ils sont autorisés à condition de respecter un certain nombre de règles. Évidemment, pour rendre efficace ces règles, il faut contraindre physiquement les conducteurs. On installe des chicanes, des bacs à fleur, des potelets, des rétrécissements, des ralentisseurs, etc.

On nous a annoncé que les feux tricolores ont été mis à l’orange clignotant dans la plupart des rues du Pentagone. En effet, si la priorité est au piéton, on ne voit pas bien pourquoi il aurait à s’arrêter pour laisser passer des véhicules. Aussi, les passages pour piétons doivent être retirés. Cela semble incongru mais tout à fait cohérent dans un environnement prévu à cet effet. Dans un véritable espace dédié aux piétons, nul besoin d’indiquer le lieu où doit se faire la traversée Les pistes cyclables marquées sont également inutiles. Bien sûr, tout cela ne sera pas fait puisque la mesure est temporaire. J’ose espérer que ces rustines ne vont pas devenir du définitif au risque de dénaturer complètement la véritable utilité du F12.

Dans la précipitation, le politique prend le temps de poser pour les médias mais on omet de vérifier la conformité de la nouvelle signalisation. Dans le cas ci-dessous, il y a 4 pistes cyclables ! Une piste séparée (et partagée avec les piétons) dans chaque sens de circulation et deux nouvelles bandes cyclables bidirectionnelles avec un sens interdit.

piste cyclable marquée, séparée
piste cyclable marquée, séparée

Et c’est sans parler de la polémique sur les véhicules prioritaires en mission urgente verbalisés à juste titre puisque la loi ne les autorise pas pour le moment. Il existe bien des dérogations concernant la vitesse de ces véhicules mais pas en zone résidentielle. À nouveau, ces endroits n’ont pas été prévus initialement pour cette finalité. Du coup, ces véhicules se trouvent  à circuler sur des boulevards là où les piétons continuent logiquement à se déplacer sur les trottoirs.  Je tiens aussi à rappeler qu’à la base (circulaire ministérielle du 23/06/78), en zone résidentielle les véhicules de transports en commun ne sont pas autorisés et que le trafic doit être limité à 100 voire 120 voitures à l’heure aux heures de pointe. Depuis, d’autres circulaires régionales les ont remplacé.

❖ Le stationnement est interdit

Dans une véritable zone résidentielle ou de rencontre, le stationnement y est interdit. C’est la règle générale. Il faut bien comprendre ce principe. Si on prend une route ordinaire et qu’on lui flanque le panneau F12, toutes les voitures stationnées le long des trottoirs sont en infraction. Qui dit infraction dit PV ou sanction administrative communale. Toutes les zones réglementées deviennent caduques. La seule exception pour autoriser du stationnement appartient au gestionnaire qui délimite clairement des emplacements. Ils sont identifiés au sol par la lettre “P” et plus rarement par un signalisation verticale avec le “P” sur fond bleu.

stationnement en zone résidentielle
lettre “P” aux emplacements de stationnement autorisés

❖ Quid de la sécurité routière ?

Sur le signal routier, on voit un enfant jouer paisiblement au ballon. Non seulement les piétons occupent toute la largeur de la route mais les enfants peuvent jouer tranquillement. Dans les endroits aménagés et où la circulation est faible, cela fait sens. Dans le cas présent, ce serait de l’inconscience de la part des parents de laisser jouer les enfants en plein milieu de la route. Puisque tout le Pentagone est concerné, je vais prendre un exemple flagrant… rue de la Loi. Heureusement, très peu de gens connaissent la zone de rencontre et se cantonnent à leurs habitudes. De toute façon, la configuration des lieux ne les encourage pas à “lâcher” leurs enfants sur la route.

zone de rencontre, rue de la Loi
zone de rencontre, rue de la Loi
place royale
place royale, seul un fou se risquerait à marcher au milieu des voitures

❖ Des contrôles impossibles

Reste la question du contrôle. La police a-t-elle les moyens et les effectifs de contrôler les 100 km de ces zones ? À mon avis, elle a d’autres priorités mais n’hésitera pas à intervenir uniquement dans les cas où cela pose réellement un problème de sécurité routière. Il n’est pas imaginable de faire circuler les agents dans toutes ces nouvelles rues d’autant plus que’elles sont temporaires et pas du tout aménagées comme je l’ai expliqué.