Dans le langage courant, la “piste cyclable” est l’endroit où circulent les cyclistes. C’est aussi simple que ça. Le Code de la route est lui plus précis mais crée la confusion.

Piste cyclable

Pour bien comprendre ce qu’est une ‘piste cyclable’ aux yeux du Code, il est indispensable de se référer aux termes de la définition: « Partie de la voie publique réservée à la circulation des bicyclettes et des cyclomoteurs à deux roues classe A [et annoncée] par les signaux D7, D9 ou par les marques routières prévues à l’article 74. La piste cyclable ne fait pas partie de la chaussée. ». On le voit bien, il y a deux – et seulement deux – façons de la désigner: soit par un marquage au sol (deux bandes blanches discontinues parallèles), soit par le signal D7 ou D9. Tout le reste n’est pas une piste cyclable !

Sur la photo ci-dessous, on aperçoit deux bandes blanches parallèles discontinues. Il s’agit donc bien d’une piste cyclable. Pour bien la distinguer, le gestionnaire peut envisager d’ajouter le pictogramme d’une bicyclette peint au sol. Ce n’est pas obligatoire sauf en-deçà d’une zone avancée pour cyclistes (et cyclomoteurs à deux roues) qui se trouve au carrefour réglé par un feu lumineux, comme le prévoit l’article 77.6.

piste cyclable à Ostende
piste cyclable à Ostende
pictogramme du vélo avant une ZAC
pictogramme du vélo avant une ZAC

Sur l’illustration ci-dessous, la piste cyclable est annoncée par un signal D9. Elle ne se trouve plus directement sur la chaussée mais sécurisée dans un espace propre. L’espace est partagé avec les piétons mais les parties sont clairement distinctes. Les piétons se trouvent généralement le plus loin possible du trafic routier.

piste cyclable
piste cyclable partagée (signal D9)

La couleur du revêtement n’a pas d’importance. Elle ne donne aucune priorité ni privilèges aux usagers. Sa fonction est simplement de rendre l’aménagement plus apparent aux endroits susceptibles de conflits, comme à ce carrefour où les cyclistes doivent déboîter du bord droit et se positionner au centre de la chaussée.

piste cyclable rendue plus visible
piste cyclable rendue plus visible

Depuis quelques temps, la Région a choisi la couleur ocre pour délimiter les aménagements cyclables isolés du trafic. Dans l’exemple ci-dessous, le nouveau revêtement est précédé d’un signal D9 au début du carrefour. C’est donc bien une piste cyclable.

piste cyclable, couleur ocre
piste cyclable, couleur ocre

On pourrait dire qu’il existe deux formes de piste cyclable: la piste cyclable marquée (deux lignes blanches parallèles discontinues) ou la piste cyclable surélevée. Cette dernière est délimitée par les signaux D7 ou D9 et se trouve généralement à l’écart du trafic automobile. Cela dit, ce n’est pas toujours le cas. On trouve aussi des pistes cyclables de plain-pied et côte-à-côte de la chaussée.

piste cyclable de plain-pied
piste cyclable (D7) de plain-pied

J’insiste sur les caractéristiques d’une piste cyclable car des règles particulières y sont associées.

1. Obligation des cyclistes de l’emprunter

Comme l’annonce le signal d’obligation sur fond bleu, les cyclistes(*) sont obligés de l’emprunter. Bien évidemment, des conditions particulières permettent d’y déroger comme le dépassement ou le changement de direction. Il en va de même pour les deux lignes blanches discontinues mais uniquement dans le sens suivi.

2. Place des conducteurs

La deuxième règle concerne la place des conducteurs sur la voie publique. Puisqu’on vient de dire que les cyclistes étaient obligés de l’utiliser, il est fort normal qu’ils soient protégés. Les autres usagers ne peuvent y circuler. Par exemple, un automobiliste ne peut pas rogner dessus pour un dépassement par la droite. La seule exception concerne le croisement impossible en raison de l’étroitesse de la chaussée. C’est bien entendu une question de bon sens.

3. Arrêt et stationnement

Règle suivante, l’arrêt et le stationnement sont interdits. Cela s’entend au sens du Code, à savoir l’immobilisation du véhicule le temps nécessaire au (dé)chargement de biens, débarquement et embarquement de personnes ou au-delà de ce temps. Il va de soi qu’une immobilisation à un feu rouge n’est pas considéré comme tel. Un véhicule stationné en double file sur une piste cyclable commet plusieurs infractions.

4. Priorité

Enfin, les cyclistes¹ présents sur une piste cyclable sont prioritaires sur les autres règles générales de circulation. Je fais référence entre autre à la priorité de droite dans un carrefour. Un cycliste est prioritaire par rapport aux véhicules venant de sa droite. Ce qui ne sera pas le cas des autres conducteurs circulant dans le même sens sur la chaussée. Il faut toutefois rester attentif et cette règle ne vaut que pour la piste cyclable.

priorité à la piste cyclable
priorité à la piste cyclable

¹ Par facilité, je mentionne les cyclistes mais d’autres catégories d’usagers sont autorisés.

La bande cyclable suggérée

Vous savez à présent reconnaître une “piste cyclable” au sens du Code de la route. Tout ce qui ne correspond pas à la définition, n’est pas une piste cyclable. C’est autre chose. On ne lui a pas donné d’appellation. Pour distinguer les deux, les moniteurs nomment cette partie de la voie publique comme une “bande cyclable suggérée”. Le gestionnaire de voirie n’est pas en reste car il doit indiquer un espace dédié aux cyclistes sans le confondre avec une piste cyclable. À lui le choix du revêtement, de la couleur, des formes. Avec un peu d’habitude, on finit par les reconnaître mais c’est loin d’être évident. C’est d’ailleurs un bon exercice pour les élèves en stage de conduite. Généralement, ils ne savent pas s’ils peuvent emprunter le marquage.

Sans reconnaissance officielle, la bande cyclable est totalement facultative. Les 4 règles citées précédemment ne sont plus d’application. Chaque cycliste a le loisir de l’emprunter sans obligation et les automobilistes peuvent – doivent ! – rouler dessus. Elle ne donne aucune priorité à ses usagers.

La bande cyclable est reconnaissable de différentes manières: son revêtement, la présence du pictogramme (bicyclette), des clous, ou encore des chevrons simples ou doubles. Vous comprenez à présent que le symbole de la bicyclette peut prêter à confusion puisqu’il est utilisé à la fois pour la piste cyclable (sans être un élément intrinsèque) et la bande cyclable suggérée. Concernant le simple ou double chevron, il a été introduit au début des années 90 en Wallonie. Il indique simplement l’endroit le plus adapté pour les cyclistes sur les chaussées qui ne permettent pas d’implémenter des infrastructures réservées. Le chevron a une influence positive sur la sécurité routière. Sa présence permet aux cyclistes de garder une plus grande distance avec les véhicules en stationnement. Les conducteurs à dépasser sont moins nombreux et le font avec une distance de sécurité plus grande. L’orientation du marquage (pictogramme de la bicyclette ou chevron) permet également de se renseigner sur le sens de circulation. C’est particulièrement vrai pour les ‘sens unique limité’ (SUL). Tous ces repères au sol sont importants à deux niveaux; ils attirent l’attention des automobilistes de la présence potentielle de cyclistes et ils guident ces derniers sur la place qu’ils peuvent prendre sur la chaussée.

bande cyclable avec chevrons simples et pictogramme
bande cyclable avec chevrons simples et pictogramme

Sur la photo ci-dessous, la piste cyclable se trouve sur le côté gauche et la bande cyclable à droite. Cela peut sembler saugrenu mais la largueur de la chaussée n’est pas suffisant pour assurer le croisement en toute sécurité. Le gestionnaire a donc choisi de contraindre l’espace disponible aux voitures que d’un seul côté.

piste et bande cyclable
bande cyclable à droite et piste cyclable à gauche

Des clous entre cyclistes et piétons

Sur des aires partagées de plain-pied mais aussi des carrefours, on trouve parfois des clous plantés dans le revêtement. Ils marquent de manière visible une séparation entre les deux espaces. En aucun cas, ils remplacent le marquage officiel repris dans l’article 74.

clous pour séparer les cyclistes des piétons
clous pour séparer les cyclistes des piétons

La seule trace de clous dans le Code de la route concerne le marquage provisoire (cf. définition de la “bande de circulation“) et sont de couleur orange.

Conclusion

Comme je l’ai dit, cette histoire de piste cyclable et de bande cyclable crée de la confusion aussi bien vis-à-vis des cyclistes que des automobilistes. Les premiers sont sensés connaître la réglementation alors qu’on ne leur impose pas de permis théorique. Un comble quand on sait qu’ils occupent la voie publique et a fortiori la chaussée au même titre que n’importe quel autre conducteur. Et il faut bien le reconnaître, à Bruxelles, un grand nombre de cyclistes se croient tout permis. Mieux que ça, ils ont le sentiment d’être prioritaires puisqu’ils appartiennent aux usagers faibles. À l’opposé, l’automobiliste lambda ne sait plus trop bien à quoi correspond tous ces marquages et ces espaces dédiés. Certains sont peinturés d’une couleur criarde mais facultatifs pour les deux roues, d’autres sont plus discrets et prioritaires. À mes yeux, le Code mériterait une simplification et une harmonisation des aménagements. Mais ça, c’est une autre affaire.