La rue cyclable est une notion assez récente puisqu’elle date de décembre 2012. Très peu d’automobilistes et de cyclistes connaissent le signal et encore moins les règles d’application. Pendant quelques années, seul un tronçon de l’avenue Louise avait ce statut. Depuis 2014, d’autres communes bruxelloises et d’autres villes wallonnes ont inauguré ce type d’aménagement.

Rue aménagée comme une route cyclable, dans laquelle des règles de comportement spécifiques sont d’application à l’égard des cyclistes, mais dans laquelle les véhicules à moteur sont également autorisés. Une rue cyclable est signalée par un signal [F111] indiquant son début et un signal [F113] indiquant sa fin. — { CdR, art. 2.61 }

L’article 22novies reprend les quelques règles. L’idée de cette rue est de subordonner les automobilistes aux cyclistes. L’objectif à terme est d’avoir une rue ou une portion de rue où il y a plus de cyclistes que d’automobilistes. Bien que les autorités politiques se félicitent du succès de cet aménagement, je reste très sceptique sur sa véritable efficacité.

❖ Des automobilistes tolérés

Pourquoi ne pas limiter exclusivement cette rue aux cyclistes là où des alternatives pour les automobilistes existent ? C’est le cas à l’avenue Louise. Sans doute parce que cette espace sert au stationnement. Peut-on vraiment faire respecter la rue cyclable dans une portion de route où cohabitent des usagers faibles et le reste du trafic ? Oui si chacun respecte les règles. Au niveau de la sécurité routière, l’actualité fait parfois état de certains accrochages comme ce cycliste percuté par un taxi. Si on veut encourager les gens à passer à une mobilité douce, il faut pouvoir leur offrir des mesures fiables et sécurisées.

Depuis 2018, les rues cyclables sont devenues beaucoup plus fréquentes à Bruxelles alors que l’avenue Louise a longtemps été la seule dans son genre. Le phénomène s’est amplifié en juillet 2020 avec l’épidémie du COVID.

❖ Des aménagements discrets

La définition officielle parle d’un aménagement de la rue comme une « route cyclable » sans définir cette dernière. Pour les avoir empruntés à Gand, Louvain, Jette, Ottignies… les seuls aménagements concernent la pose des signaux routiers ad hoc et éventuellement un marquage au sol. À l’avenue Louise, un panneau additionnel rappelle les règles d’application. Preuve de sa totale incompréhension, même de la part des cyclistes trop habitués à rouler à droite de la chaussée.

Marquage de la rue cyclable, côte belge
rue cyclable à la côte belge, les cyclistes ont l’habitude de rouler à droite

Mise à jour (août 2021): la ministre régionale de la Mobilité annonce que désormais les rues cyclables à Bruxelles seront de couleur ocre, à commencer par l’avenue Louise. Des panneaux informatifs s’ajouteront aux signaux routiers obligatoires.

❖ Signal d’indication sans obligation de l’utiliser

Avec les mesures COVID de 2020, de nouvelles rues cyclables sont apparues. La plupart sont le fruit d’un aménagement de voirie, d’autres ont été ajoutées. Prenons le cas du boulevard Léopold II en direction de la basilique de Koekelberg. À l’origine, les cyclistes avaient leur place sur la bande bus (symbole du cycliste sur le panneau et marquage au sol). Depuis, les rues extérieures réservées au stationnement se sont transformées en rues cyclables. En tant que signal d’indication, il n’y a aucune obligation de l’emprunter si d’autres alternatives existent. Naturellement, si tous les usagers respectent les règles de circulation dans cette rue, il est plus sécurisant et plus agréable pour un cycliste de les emprunter.

bande bus, rue cyclable
bande bus à gauche et rue cyclable à droite (bd Léopold II)
rue cyclable
bande bus à gauche et rue cyclable à droite (bd Léopold II)

❖ Les cyclistes ne sont pas tenus de tenir leur droite

Troisième problème, la rue cyclable autorise les cyclistes à occuper toute la largeur de la chaussée. On peut donc laisser gambader les gamins sur toute la largeur de route (pour une rue cyclable unidirectionnelle) ou rouler en plein milieu si ça nous chante. Bien que la recommandation est d’installer ce type d’aménagement sur des espaces étroits où le placement d’une piste cyclable est impossible, je trouve l’idée saugrenue ! Il faut rester cohérent avec les grandes règles générales du Code de la route et notamment l’article 9.3.1: « tout conducteur circulant sur la chaussée, doit se tenir le plus près possible du bord droit de celle-ci (…) ». Jusqu’à preuve du contraire, la rue cyclable fait partie de la chaussée et ne devrait pas déroger à ce principe. Tout comme on est tenu de tenir sa droite sur les pistes cyclables bidirectionnelles (cf. article 9.1.2.1°). Cela garantit un croisement sans accroc mais aussi de laisser l’accès libre aux véhicules plus rapides et d’éviter les à-coups dus aux ruptures de rythme.

❖ Dépassement interdit des speed pedelecs

Du temps du ministre Bellot, le speed pedelec était relayé au rang de cyclomoteur. Progressivement, on voit cet engin prendre des allures de vélo. C’est le cas dans la rue cyclable où il est autorisé de circuler. Même si la vitesse y est limitée à 30 km/h, je trouve que ce bolide silencieux a plutôt sa place sur des chemins de Ravel ou des autoroutes cyclables mais pas sur des axes fréquentés par des profils de cyclistes très hétéroclites.

Pour info, les trottinettes qui roulent plus vite que l’allure du pas sont des engins de déplacement motorisés et assimilés comme des cyclistes. Les conducteurs ont les mêmes avantages que les cyclistes si ce n’est qu’ils sont limités à 25 km/h.

❖ Validité zonale depuis juillet 2019

Sur des distances relativement importantes et interrompues par des carrefours, le gestionnaire peut prévoir un signal à validité zonale. C’est-à-dire que la rue cycliste ne prend plus fin au prochain carrefour mais à la fin de la zone. Cela évite au gestionnaire de voirie de répéter les signaux à chaque carrefour. [Comment font les conducteurs qui s’insèrent dans la rue cyclable pour savoir que c’est une rue cyclable s’il n’y a pas de signal routier ?!] C’est le cas à l’avenue Louise de façon très limitée. Malines et Courtrai ont exploité largement ce concept avec des zones étendues.

zone cyclable

Depuis août 2021: le F113 est abrogé. Le F111 vaut jusqu’au prochain carrefour. Le F111 se nomme désormais « Rue cyclable ». Cela évite de mettre fin à la rue à chaque carrefour et de remettre un début de rue cyclable de l’autre côté du carrefour.

❖ Et la sécurité des cyclistes ?

Peut-on vraiment imaginer un cycliste en mode touriste occuper toute la largeur de la chaussée et un automobiliste pressé contraint de rester derrière sans broncher ? Dans les recommandations du gestionnaire, il est prévu que cet espace soit suffisamment court sur la longueur pour éviter la frustration des automobilistes et diminuer le risque de dépassement. Si ces rues cyclables viennent s’ajouter à des rues voisines congestionnées, les conducteurs ne respecteront pas les règles. Dans les grands boulevards (Arts-Loi), on peut se permettre de réserver la rue cyclable aux déplacements doux.

❖ La rue Vanderkindere; le mauvais exemple

En juillet 2021, la commune d’Uccle se félicitait d’avoir donné le statut de rue cyclable à une des plus longues rue bruxelloise: la rue Vanderkindere. Malheureusement, on a plus l’impression qu’il s’agit d’un effet de communication plutôt que d’une avancée positive pour les cyclistes. On peut se demander quelle mouche a piqué l’échevin de la Mobilité! L’endroit ne se prête pas du tout à ce concept. Le tronçon est déjà relativement long, qui plus est, il est entrecoupé de nombreux carrefours. Le cycliste devrait – en théorie – se replacer à droite à chaque carrefour. Ces intersections contraignent le service voirie à installer des signaux de fin et de début de rue cyclable. Màj: la Région annonce que les signaux de fin vont passer à la trappe début août.

fin de rue cyclable
fin d’une rue cyclable à chaque carrefour

Au niveau du trafic routier, c’est un axe extrêmement fréquenté par les automobilistes. Cet axe comporte de nombreux commerces et du stationnement de part et d’autre de la chaussée. L’idée d’une rue cyclable est de diminuer le trafic automobile et d’encourager ainsi les cyclistes à l’emprunter. Dans le cas présent, on ne voit pas très bien comment le trafic automobile va diminuer. Cette cohabitation étroite entre voitures et cyclistes n’est pas souhaitable. Elle est dangereuse, crée un inconfort et de facto un sentiment d’insécurité. Résultat des courses, les cyclistes préfèrent choisir des itinéraires plus sécurisants.

Chose encore plus incroyable, la rue cyclable est bidirectionnelle. En partant de la chaussée de Waterloo, la rue Vanderkindere est une voie à sens unique pour les voitures. Les cyclistes, les speed pedelecs (!) mais pas les trottinettes, peuvent circuler dans l’autre sens. Si on en croit le texte de loi, que ce soit dans un sens ou dans l’autre, ils circulent sur la moitié de la largueur située du côté droit de la chaussée. Dans le sens opposé, une maman et ses enfants peuvent théoriquement circuler face aux voitures. Heureusement, le vademecum sur la rue cyclable recommande un grand marquage au sol au centre dans le sens « normal »  et des pictogrammes de vélos plus petits en contre-sens. C’est déjà plus sécurisant mais se pose alors le problème du manque de visibilité de ces cyclistes à contre-sens tenus de rouler à leur droite. Les automobilstes stationnés en sens contraire et qui se remettent dans la circulation n’ont aucune visibilité sur des vélos électriques toujours plus rapides. Même chose pour les piétons qui veulent traverser. Ils sont priés de regarder dans les deux directions alors que la rue est à sens unique… limité.

rue cyclable, cycliste à gauche
le cycliste roule à gauche pour tourner à gauche

Pour information, le Gracq n’a jamais été consulté pour ce projet. Ce n’est évidemment pas obligatoire mais ça permet d’avoir un avis éclairé d’une association bien installée sur Bruxelles. La raison doit sans doute tenir du fait que les autorités communales s’attendaient à de sérieuses réserves. D’ailleurs, une demande de subsides auprès de Bruxelles Mobilité a été faites mais la Région a rendu un avis négatif ! Preuve en est que ces aménagements ne sont pas crédibles.  Il ne suffit pas de mettre quelques signaux routiers et un marquage pour faire venir les cyclistes. S’ajoute à tout cela la méconnaissance des règles dans le chef des automobilistes.