Le chemin pour devenir instructeur est long. Il demande du temps, de l’implication et de la persévérance. Même si le métier est en pénurie, les examens recalent de nombreuses personnes. Une fois l’écrit et l’oral passé, il reste à effectuer le stage.

❖ De l’observation à la pratique

Vous devez prester au minimum 300 heures¹ de stage avant de vous présenter à la leçon-modèle. Cela veut dire 150 heures minimum dans la voiture avec le maître de stage. Au début, vous êtes observateur. Vous êtes à l’arrière du véhicule et vous assistez aux leçons. Vous découvrez les trajets, les techniques, la pédagogie, les interventions du formateur et bien sûr les élèves.  Une fois que le maître de stage pense que vous avez suffisamment assisté à différentes leçons, vous donnez cours à un élève avancé. Avec ce type d’élève, les interventions sont plus réduites et ça permet de prendre sa place et de se sentir plus à l’aise. Progressivement, il faut descendre dans le niveau de maîtrise de l’élève pour arriver à celui qui n’a jamais conduit. Cela demande parfois d’intervenir physiquement sur le pédalier, le volant ou le boîtier de contrôles. Dans certaines situations, il faut carrément reprendre la main sur les pédales et le volant. Je vous conseille de vous exercer dès qu’un élève se désiste en dernière minute afin d’apprendre à utiliser le levier de vitesse à main gauche (rouler seul à la place du passager) et à main droite (démonstration du passage de vitesse), maîtriser le volant, se servir du boîtier de commandes. Pas de panique, on s’y fait assez rapidement.

En général, l’auto-école paye vos prestations dès l’instant où vous donnez cours seul. Ce n’est pas une obligation. Raison pour laquelle, il faut négocier ce point avant de choisir son école de conduite. Il faut bien se dire que si vous donnez cours seul, l’élève paye le tarif normal que vous soyez breveté ou pas. Il serait indélicat de la part de l’auto-école de ne pas payer son stagiaire.

❖ Un carnet de stage pour les 300 heures

Pendant les 300 heures de stage, il faut tenir à jour des documents de l’administration publique. Si le stage s’effectue à Bruxelles, il faut remplir les documents émanant de Bruxelles Mobilité via sa page des formulaires en ligne.  Étant donné que Bruxelles Mobilité n’organise pas les examens, il faut se tourner vers le SPW Mobilité et sa page des formulaires. Ils ont les mêmes documents sauf que l’entête et la mise en page sont différents. Il faut compléter la feuille de route (AE007)² chaque jour de stage. À la fin des 300 heures, il faut renvoyer ce document et une demande d’inscription à la leçon modèle (AE006-2). De son côté, l’auto-école doit renvoyer l’attestation de stage (AE008) avec votre signature. Ce document doit arriver au plus tard un mois avant la date de la leçon modèle. Souvent, l’auto-école essaye de tirer le stage en longueur puisqu’elle paye un moniteur-stagiaire à prix réduit. Suivez le dossier de près pour ne pas devoir reporter votre examen. D’un autre côté, la leçon-modèle est une épreuve importante dans laquelle il faut se sentir à l’aise. Plus vous donnez cours, plus vous gagnez en confiance. Une année de stage est un minimum pour avoir vu un panel représentatif des élèves et des difficultés récurrentes.


¹ Avec un autre brevet en poche, le nombre d’heures est réduit tout comme ceux qui ont suivi une formation reconnue par le Ministère.
² Soit vous imprimez plusieurs fois la première feuille et vous la complétez à la main, soit vous copiez-collez le tableau et vous faites l’encodage à l’ordinateur. La première colonne « Activités » sert à décrire brièvement le sujet de la leçon. N’oubliez pas de signer le document ainsi que votre maître de stage. La colonne « Surveillance » sert à indiquer si le maître de stage était présent ou pas.

❖ Trouver ses propres parcours

Le stage d’observation permet de repérer des itinéraires intéressants pour certaines leçons comme le démarrage, les manoeuvres, le démarrage en côte, etc. C’est une chose de connaître les endroits, s’en est une autre de bien maîtriser tous les points techniques des parcours. À vous de trouver des occasions pour repérer les lieux et bien les maîtriser pour ne pas être surpris au moment d’enseigner. Avec le temps, on finit par connaître pas mal d’endroits et on connaît les lieux privilégiés pour un type de leçon.

La première leçon se compose d’une partie théorique et d’une mise en pratique sommaire. La deuxième leçon se donne dans un environnement calme et adapté pour les novices, histoire de ne pas être gêné et déranger par les autres véhicules en circulation. Idéalement, cette partie se fait sur terrain privé mais à Bruxelles c’est souvent impossible. L’élève est directement projeté dans le bain. Enfin, le moniteur-stagiaire doit encore gérer son temps. Ce n’est pas facile de prévoir l’heure de retour surtout à Bruxelles. Il faut toujours prévoir large pour d’éventuels imprévus: accident, travaux, marché, manifestation… Il vaut mieux prévoir un quart d’heure d’avance. Au pire, on arrive à l’heure. Au mieux, on peut faire le débriefing, voir de la théorie par rapport aux remarques du cours pratique ou encore faire un tour aux alentours de l’auto-école. Ne vous fiez pas aux estimations de retour sur les applications GPS comme Waze car elles sous-estiment la vitesse du trafic.

❖ Aucun programme d’apprentissage

Contrairement à la France, il n’existe pas de programme pédagogique en Belgique. À chacun d’apprendre comme il le sent. Il est intéressant de suivre plusieurs moniteurs pour avoir des approches d’enseignement et des façons de faire différentes. Très vite, le stagiaire comprend qu’il existe un ordre de maîtrise. Il peut se baser sur les 8 leçons modèles. En finalité, ce n’est qu’un cadre. Le plus important est de pouvoir adapter son enseignement à l’élève. Pour certains, la position sur la chaussée et le maniement du volant, c’est une formalité. Pour d’autres, il faut 2, 3 voire 4 leçons (8 heures) avant d’entamer la suite du programme.

❖ Indépendant complémentaire: savoir négocier

La première auto-école me proposait un contrat d’employé complémentaire. Impossible de négocier le salaire puisque ce sont des barèmes fixes. Dans mon cas, on m’a proposé 13,66 euros brut de l’heure. Difficile aussi d’exiger quoi que ce soit vu que tout est inscrit dans un contrat type valable pour l’ensemble des salariés. Pour ma part, c’était clairement pas intéressant. Le mieux a été de m’inscrire comme indépendant complémentaire. Ensuite, il faut négocier son traitement. Il faut partir du principe que c’est l’auto-école qui a besoin de vous et pas l’inverse. Le rapport de force est alors à votre avantage.

Le directeur connait bien le marché. Et comme toute entreprise, l’objectif du gérant est de payer le moins possible. N’hésitez pas à aller voir ce que touche les moniteurs de la concurrence de la région. Ca ne sert à rien de savoir qu’à Mons on paye le double alors qu’à Bruxelles ce n’est pas du tout la norme. Votre proposition sera basée sur votre expérience (ici aucune), la taille de l’auto-école, la demande du marché, les tarifs des cours, votre disponibilité, la pénurie du métier et surtout votre pouvoir de négociation. Vous pouvez mettre en avant vos atouts personnels développés en stage: les élèves apprécient votre pédagogie et font des bons retours, vous êtes ponctuel, rarement malade, flexible, passionné, vous êtes autonome pour la résolution de problèmes, vous vavez des bons contacts avec le personnel (collègues, secrétariat, responsable), etc. Le nombre de brevet obtenu importe peu puisque vos heures de prestation dépendent du brevet enseigné. En revanche, vous représentez une plus-value puisque vous êtes compétent pour plusieurs brevets.

Ne vous laissez pas enfumer par des avantages de toute nature. Souvent c’est de l’esbroufe pour faire diminuer le tarif horaire. Par exemple, en tant que moniteur de pratique, vous avez très peu de frais. Tout est fourni par l’auto-école, contrairement à d’autres métiers. Ce n’est donc pas un argument valable.

❖ Stage: deux ans maximum

Au total, le stage doit être fait dans les trois ans MAIS il faut réussir dans les deux ans à partir de la date de réussite de son examen oral. Je le sais pour en avoir subi les conséquences. Passé les 2 ans, il faut tout recommencer depuis le début ! Il faut aussi prévoir un éventuel échec et repasser la leçon modèle dans les temps.