La question du GSM au volant est souvent posée. Quand bien même les conducteurs savent que son usage à la conduite est interdit, il y en a toujours un pour trouver une excuse ou tenter de trouver la faille. L’infraction est tellement récurrente que la législation a ciblé cette plaie de la route dans son Code de la route à l’article 8.4: « Sauf si son véhicule est à l’arrêt ou en stationnement, le conducteur ne peut faire usage d’un téléphone portable en le tenant en main ». Quelques précisions.

— On parle bien ici d’un « véhicule ». La grosse majorité des infractions sont commises par les conducteurs de véhicules automobiles. Cela dit, il est bon de rappeler qu’un vélo monté est considéré comme un véhicule. Sur ce sujet, un cycliste est puni de la même manière qu’un automobiliste.

— « À l’arrêt ou en stationnement » sont deux notions définies dans le Code de la route. En attente à un feu rouge, le véhicule n’est pas “à l’arrêt” mais participe toujours à la circulation.

— L’expression « faire usage » est une notion assez large pour ne pas se limiter à la réception et l’envoi d’appels vocaux. Rédiger un SMS, lire les actualités, utiliser un GPS, jouer en ligne, consulter les horaires, prendre un selfie, filmer un accident de l’autre côté de la berge… sont prohibés.

— Enfin, le « tenir à la main » exclu les autres manières. Quid alors du téléphone coincé entre l’épaule et l’oreille ou ceinturé derrière un voile qui échappent à l’article 8.4 ? Le verbalisant peut considérer que ce comportement empêche l’usager d’effectuer toutes les manœuvres nécessaires ou qu’il représente un danger pour la sécurité routière en relation à l’article 8.3 cette fois.

Le conducteur doit être constamment en mesure d’effectuer toutes les manœuvres qui lui incombent et doit avoir constamment le contrôle du véhicule ou des animaux qu’il conduit.— { CdR, art. 8.3 }

Selon l’IBSR, c’est la première source de distraction devant la cigarette, la manipulation d’objets divers et l’interaction avec le tableau de bord (source: Via Secura n°89, p. 26). Un grand nombre de jeunes reconnaissent le caractère dangereux mais ne se sentent pas concernés. Toujours selon l’institut, 90 % des conducteurs belges estiment qu’il est inadmissible d’envoyer des SMS et 85 % qu’il est inacceptable de téléphoner avec un GSM en main pendant la conduite. Et pourtant, 1 sur 2 affirme lire un SMS de temps en temps ou de téléphoner GSM à la main. Un conducteur sur 3 admet qu’il lui arrive d’envoyer un SMS pendant qu’il conduit. Toujours selon l’institut pour la sécurité routière (Via Secura n°91, p.8), voici le profil des accros du GSM.

  • chauffeurs de camions sont les premiers visés
  • les conducteurs utilisent le plus leur GSM sur autoroute
  • es hommes utilisent le plus souvent leur GSM que les femmes, surtout pour l’envoi et la consultation de SMS
  • le GSM est davantage utilisé lorsque le conducteur est seul dans le véhicule
  • l’utilisation du GSM au volant est la plus intensive en semaine pendant les heures creuses

Infraction de 2e catégorie

Au niveau répressif, conduire avec le téléphone en main était une infraction de première catégorie. En raison de sa récurrence, elle est montée au deuxième niveau avec une perception immédiate de 116 €. L’amende est salée et entraîne son lot de “victimes”. Non sans mauvaise foi, une partie importante des contrevenants prétendent ne pas être au téléphone aux moments des faits ou apportent une explication bancale. Seulement voilà, l’infraction a été constatée par un agent assermenté dont la parole ne peut être mise en doute que par une preuve irréfutable. Et là, il est pratiquement impossible d’apporter la preuve du contraire. À moins d’avoir été photographié ou filmé (par le passager par exemple) ou de prouver ne pas être à l’endroit concerné au moment du fait reproché.

Ces constatations sont souvent faites à distance. Sachez néanmoins que l’article 29 bis de la loi du 16 mars 68 autorise les agents qualifiés à saisir immédiatement les équipements même s’ils n’appartiennent pas au contrevenant.

Les dangers pour la sécurité

Pourquoi tant de sévérité dans la sanction ? Il y a plusieurs éléments à prendre en compte. Le premier concerne la captation de l’attention. Une grande partie de l’attention du conducteur est orientée vers la conversation ou l’échange. C’est d’autant plus vrai si la communication est émotionnelle. Idem pour les conversations via oreillette. Ce système isole le conducteur du bruit ambiant. Et plutôt que de balayer son regard vers la route, vérifier ses rétroviseurs, anticiper un comportement à risque… la concentration est portée sur l’échange téléphonique. Il a déjà été démontré maintes fois que le cerveau n’est pas capable de gérer plusieurs tâches de la même intensité cognitive en même temps.

Distraction cognitive. On l’oublie souvent mais la conduite doit rester une activité à part entière. La pratique par habitude, sans y réfléchir, suffit à faire face aux événements quotidiens présents sur la route. Elle l’est beaucoup moins en cas d’événement soudain ou inattendu. Le temps de réaction est fortement écourté. Le cerveau est pris au dépourvu et doit gérer au mieux l’événement: analyser la situation, faire des choix et mettre en pratique le résultat de ses choix. À défaut de pouvoir réagir à temps, il faudra… subir. Pour les situations moins critiques – comme l’exécution d’une manœuvre –, le locuteur préfère ne pas raccrocher au nez de la personne et gérer vaille que vaille la situation.

Distraction auditive. La sonnerie ou le bip du GSM empêche le conducteur d’entendre les bruits de la circulation tels un klaxon une sirène. Le fait de porter un son à l’oreille – a fortiori à l’aide d’une oreillette – isole le conducteur du bruit ambiant. Selon les études en sécurité routière, la vigilance est divisée par trois et augmente donc le risque d’accident.

Distraction visuelle. Le conducteur quitte la route du regard pour l’orienter vers son GSM, en particulier lors de la lecture et la rédaction de SMS où son attention est monopolisée par saccade.

Distraction physique. Porté à l’oreille, le téléphone intelligent mobilise la main et le bras nécessaires pour la conduite. Difficile de passer une vitesse, assurer une marche arrière ou aborder un tournant serré sans éprouver des difficultés. Et c’est sans parler de la lecture ou l’envoi de SMS.

Des chercheurs anglais ont demandé à des cobayes de conduire un simulateur en restant attentifs à ce qu’ils faisaient et, ensuite, de recommencer en utilisant un smartphone (réseaux sociaux, surf, se repérer géographiquement, choisir sa radio). Les résultats ont été assez édifiants.

  • Le temps de réaction des participants a augmenté de près de 35 %.
  • Au lieu de garder une trajectoire rectiligne, ils déviaient fréquemment de leur position.
  • Ils n’ont pas pu réagir à temps lorsque le véhicule devant eux freinait brusquement.
  • Ils ont ralenti, parfois fortement lors d’une surcharge mentale.
  • Ils ont passés 40 à 60 % de leur temps à regarder l’écran de leur smartphone.

On peut alors se demander s’il n’est pas dangereux de converser avec un passager puisque son attention est également focalisée ? Or, cet échange demande moins d’efforts cognitifs au conducteur. Les deux protagonistes partagent le même environnement et assistent aux mêmes événements. Le chauffeur peut interrompre son discours pour se concentrer sur une manœuvre ou commenter un comportement de la route sans devoir faire attendre son interlocuteur.

À noter que cette vidéo est biaisée dès le départ puisqu’on demande au conducteur d’envoyer un SMS dans une situation critique. Tout le monde comprend que cette situation n’est pas réaliste. Les utilisateurs de smartphone au volant le font la plupart du temps dans des endroits où ils jugent le risque peu élevé. Selon une étude de l’IBSR (ViaSecura n°96, p.17), 51 % des conducteurs déclarent utiliser leur smartphone arrêtés au feu rouge ou à un passage à niveau. Ils sont 32 % à déclarer l’utiliser dans les embouteillages ce qui cause des accrochages. Enfin, 9 % se servent de leur compagnon téléphonique sur autoroute. En ville, ce pourcentage chute à 3 %.

En France

La France a pris un certain nombre de mesures à l’encontre de l’utilisation du portable à la conduite. Depuis juillet 2015, la législation est beaucoup plus restrictive. Outre l’interdiction de manger, de se maquiller, de regarder un écran non destiné à l’aide à la conduite, il est aussi interdit aux conducteurs de porter à l’oreille tout dispositif pouvant émettre un son. Cela comprend les oreillettes, le casque audio, les écouteurs mais aussi le kit main libre de type oreillette qu’il soit filaire ou bluetooth. Les communications téléphoniques, l’écoute de la radio, de musique… ne sont plus autorisées dès lors que le son transite par un dispositif en contact avec les oreilles.

Deux exceptions: les casques moto et le kit bluetooth mains-libres capable de diffuser un son dans tout l’habitacle. Cet équipement se trouve intégré directement au véhicule à partir du milieu de gamme ou en option pour environ 300 €. D’autres alternatives moins coûteuses existent. Du coup, toutes les conversations sont susceptibles d’être entendues par d’autres personnes. Pour les échanges plus intimes ou privés, il vaudra mieux reporter son appel ou ranger son véhicule.

Ecouteurs, casque, oreillette interdits en France