Quiconque stationne sa voiture sur la voie publique bruxelloise connaît le fléau des cartes de visite apposées dans le caoutchouc de la vitre avant. Elles apparaissent par magie et on ne voit que très rarement ceux qui les apposent. Pourtant, avec un peu d’expérience et de patience on peut arriver à les repérer. Ce sont des hommes, plutôt jeunes, tenue légère, petit sac à dos discret et une pile de cartes dans le creux de la main. Ces patrouilleurs parcourent la ville et déposent une carte sur chaque voiture.  On peut les voir circuler sur la rue plutôt que sur le trottoir de manière à apposer la carte côté conducteur. Aucune préférence n’est faite sur le type de voiture, le modèle ou son état. Tout est bon, même les véhicules accidentés. Le but est de ratisser large. D’ailleurs, certains vont même jusqu’à empiéter dans les allées de garage ou les parkings de supermarchés pour distribuer leurs cartons. Cette main d’oeuvre n’est évidemment pas déclarée et elle n’est que le dernier maillon d’une filière. Ce sont surtout des réfugiés ou des personnes en situation irrégulière qui cherchent un modeste revenu pour survivre.

❖ Exploitation de la misère humaine

Même s’il existe des entreprises honnêtes, la grande majorité travaille dans l’ombre. J’ai moi même fait l’expérience avec ma vieille Fiat Punto. Sans même la voir et en donnant seulement la marque, l’année et le type de carburant, la personne à l’autre bout du fil établit rapidement une estimation d’achat. Pas besoin de Carpass, de contrôle technique en règle pour la vente. Dans ces conditions, inutile d’espérer de gagner quelque chose. Si les deux parties sont d’accord, un rendez-vous est rapidement pris. La personne se déplace sur place pour conclure l’affaire de la main à la main. Ce système n’est intéressant que pour ceux qui veulent se débarrasser rapidement de leur vieille carriole sans passer par les petites annonces et assurer le suivi.

❖ Pratique interdite

Ce fléau ne date pas d’hier. Le politique évoque des mesures depuis 2013. En février 2019, le ministre wallon de l’Environnement a ajouté cette pratique dans le catalogue des infractions environnementales. Désormais, il est interdit d’apposer ces cartes mais aussi de les jeter à terre comme on le voit parfois de la part des automobilistes excédés. À Bruxelles, rien n’est fait au niveau régional. Chaque commune gère son bien. Et même si la pratique est interdite dans les règlements communaux, l’application reste difficile. En 2018, cette taxe a rapporté à Uccle la modique somme de… 50 euros ! Même si des agents constatateurs de la propreté (ou d’autres) peuvent interpeller ces personnes en flagrant délit, ils n’ont aucun pouvoir de rétention et encore moins de fouille ou de saisie. Au mieux, ils peuvent demander (et non exiger) un document d’identification et éventuellement appeler les services de police. Par les temps qui courent, on comprend aisément que la police n’en fait pas une priorité.

❖ De l’import export, de l’immobilier, des tracts électoraux…

La plupart des cartes concernent l’import-export de véhicules vers l’étranger mais on retrouve des annonces publicitaires pour de l’immobilier, la médecine alternative ou pour un candidat politique la veille des élections.

carte de visite avant les élections
carte de visite d’un candidat de la N-VA

❖ Les voisins veillent

Dans mon quartier, des voisins se sont regroupés pour le bien être des riverains et la propreté de la rue. Ils ont convenu de retirer systématiquement les cartes apposées sur les vitres de toutes les voitures lors de leur passage à pied. Cela demande un peu de bonne volonté mais la participation grandissante des habitants limite fortement cette pollution.